31 mai 2017

Écrire: le coût de renonciation

Ce matin dans La Presse+, Pierre-Yves McSween livre une analyse sur la réalité économique de l'écriture. Sa chronique «Vivre de sa plume au Québec, une réalité pratiquement impossible», publiée dans la section Affaires du journal, parle du coût de renonciation des écrivains. Le coût de renonciation (ou le coût de renoncement, cf. l'article de Wikipédia) est un terme économique qui «désigne la perte des biens auxquels on renonce quand on fait un choix».

L'auteur investit son temps
Écrire n'est pas mon activité principale, mais je lui réserve une place importante dans ma vie (et mon emploi du temps). Pour écrire, j'ai souvent réduit mes heures de travail et donc mon revenu, ou plutôt le revenu familial... ce qui implique une solidarité familiale face à cette activité artistique «à l'espérance mathématique bien mince, voire négative», pour reprendre un terme de Pierre-Yves McSween.

Je n'ai pas l'ambition de vivre financièrement de ma plume. Est-ce un sens de la réalité bien développé ou devrais-je rêver de faire partie de la liste des écrivains les plus riches du monde, selon un article du Journal Forbes «The World's Highest-Paid Authors 2016»? ;-)

«Lorsqu'il choisit d'écrire un livre, L'auteur investit non pas son argent, mais son temps. La nature du temps qu'il accorde à l'écriture est son choix», écrit Pierre-Yves McSween.

Le choix que je fais d'écrire implique donc un coût de renonciation économique, mais si l'article de McSween était publié dans la section Arts, son angle aurait peut-être été le coût de renonciation de ne pas écrire! C'est-à-dire de ne pas s'exprimer artistiquement, de ne pas éprouver le plaisir (et les affres) de la création, de ne pas développer certaines compétences, etc., etc.

Mettre du beurre sur la table
McSween explique très bien la réalité économique du marché du livre, la répartition des coûts et des gains entre l'auteur, l'éditeur et le détaillant. Il termine son analyse ainsi: «Pourquoi écrit-on un livre alors? Pour une série de considérations personnelles qui ne mettront pas nécessairement du beurre sur la table.»

Je suis bien d'accord, ce qui ne m'empêche pas de souhaiter que plus d'auteurs puissent vivre de leur plume, que les éditeurs fassent des profits, que les libraires vendent des livres et que les lecteurs continuent de lire et d'investir dans ce loisir en achetant des livres :-).

Cette semaine, le livre en tête des ventes selon le site Les libraires est «Quand sort la recluse», de Fred Varga, publié chez Flammarion. Fred Varga est écrivaine et archéologue. Je suis certaine que son écriture a une espérance mathématique très positive!

22 mai 2017

Un air de vacances à Québec, lors du Salon international du livre

En avril dernier, j'ai participé au Salon international du livre de Québec, sur le stand des Éditions de la Grenouillère. J'ai eu le sentiment de prendre des mini-vacances en venant passer deux jours à Québec. J'ai assisté à une excellente soirée avec des poètes et des musiciens: Québec la muse: Jazz et poésie, organisée par Gaston Bellemare en collaboration avec le Festival international de la poésie de Trois-Rivières. Toute la salle était sous le charme des textes et de la musique.

Salon du livre de Québec (2017), photo par Lise Létourneau



En arrivant à l'espace Dimedia le samedi 8 avril, je suis passée devant le stand des Éditions Pleine Lune, où Caroline Vu était en séance de signature. J'avais acheté son roman, «Un été à Provincetown», au Salon du livre de Montréal et elle me l'avait dédicacé. Caroline Vu m'a remerciée pour ma chronique sur son livre, parue sur ce blogue en janvier dernier. Cela m'a fait très plaisir.

Je suis revenue à Montréal avec des livres qui étaient sur ma liste de lecture depuis quelques temps: de la poésie, avec «Ne calme pas les dragons», de Jean-Marc Desgent (La Grenouillère), des romans de chez Alto, avec «Au péril de la mer», de Dominique Fortier, «Madame Victoria», de Catherine Leroux et «L'orangeraie», de Larry Tremblay, un recueil de nouvelles et une pièce de théâtre parus chez L'instant même: respectivement «Avant d'éteindre», de Sylvie Massicotte, et «Norge», de Kevin McCoy (j'ai vu sa pièce à l'Espace Go en novembre).

De quoi m'occuper dans l'autocar! Même le trajet faisait partie du plaisir du voyage. J'aime beaucoup lire et écrire dans les transports en commun, et aussi rêver en regardant le paysage. D'ailleurs, un de mes projets serait de traverser le Canada en train panoramique et d'écrire une ou plusieurs nouvelles pendant le trajet!

1 avril 2017

«Tout a été dit, mais pas par moi», Gilles Vigneault

Ma 99e chronique et 10 brouillons à finir
En reprenant mon blogue (après une interruption nécessaire due à un déménagement), j'ai pris le temps d'observer les statistiques que me fournit Blogger. Cette chronique est la 99e depuis novembre 2012.

J'ai également une dizaine de brouillons à terminer. Par exemple, un article sur le roman «Americanah» de Chimamandah Ngozie Adichie (mon coup de cœur de l'été dernier), ou une réflexion sur les journaux d'écrivains que j'ai eue après avoir lu «Journal de l'année du désastre», de Kressman Taylor, ou encore le fait que lire des romans développe l'empathie (il y a des recherches sur ce sujet), ou un compte-rendu de la pièce «Norge», écrite et interprétée par Kevin McKoye au théâtre Espace Go en 2016. Autant de sujets littéraires qui m’intéressent et que je souhaiterais développer en écrivant, car écrire aide à l'introspection et à la réflexion, et j'aime ça.

Ainsi, en octobre 2015, vous n'avez pas eu mes commentaires sur la citation de Gilles Vigneault: «Tout a été dit, mais pas par moi». J'avais commencé à y réfléchir à un moment où j'étais en période de doutes à propos de l'écriture de mon roman. Aujourd'hui, cette phrase accompagne ma réflexion sur la pertinence d'écrire un blogue, alors qu'il y en a tant d'autres sur la littérature. Si je veux persévérer, il faudrait peut-être écrire ces mots en grand sur un mur de mon bureau?

Femme écrivant, par Picasso, 1934 (source WikiArt)
«Écrire ou pas», de Johanne Tremblay
Mais une autre question me vient ensuite: écrire un blogue ou écrire un livre? Je ne suis pas seule à me sentir tiraillée entre ces deux activités. Mon amie et collègue d'écriture Johanne Tremblay en a parlé sur son blogue Johanne Tremblay et moi, le 18 mars dernier, dans sa chronique «Écrire ou pas» et je me reconnais dans ce qu'elle écrit: «Voilà trois mois que mon manuscrit, à peine visible sous une pile de dossiers, attend. Le sentiment que j’associe le plus souvent à l’écriture, depuis que je tiens un blogue, est celui de la culpabilité. Il s’invite à ma table dès le septième jour suivant la mise en ligne du dernier billet. Il n’en décolle pas avant que j’aie pondu quelque chose. C’est presque un protocole: écriture, mise en ligne, satisfaction personnelle, retour à l’ordinaire, culpabilité, culpabilité, culpabilité, écriture.»

L'écriture durable
Bon, alors, écrire ou pas? Écrire quoi et pourquoi?

Sacrifier aux normes de l'époque et à la nécessité d'une présence sur le Web, écrire des textes qui seront vite oubliés, car c'est la caractéristique de la lecture sur Internet, mais en même temps avoir la satisfaction de publier et d'être lue...

Ou bien me retirer dans mon antre d'écriture pour écrire à un rythme plus lent en ayant le sentiment de bâtir un objet littéraire plus durable... L'écriture durable, finalement, n'est-ce pas la réponse à ma question? Pourquoi j'écris? Entre autres, parce que l'écriture est un ancrage dans le temps et les livres que j'aurais écrits me survivront. (Et parmi les autres raisons d'écrire, chez moi, il y a le plaisir créatif, celui du maniement de la langue et celui de communiquer avec les lecteurs par le biais d'une histoire ou d'une chronique sur un blogue...)

Trois pages par jour
Dimanche dernier, après la lecture d'un article de Buster Benson (Ah! j'aimerais bien écrire une chronique à son sujet!), j'ai commencé un nouveau rythme d'écriture en suivant un de ses conseils (il n'est pas le seul à le donner): écrire trois pages par jour, d'une écriture suivie, sans s'arrêter. Pour l'instant, je l'ai fait un jour sur deux, mais l'habitude va venir. Cela ressemble à tenir un journal, mais le fait de se dire «J'écris trois pages» (pas moins, pas plus) est une contrainte utile et plus efficace pour moi que de me dire «J'écris un journal».

J'ai pas mal d'autres choses qui me viennent en tête aujourd'hui (des choses qui ont peut-être déjà été dites, mais pas par moi), mais je vais en garder un peu pour mes trois pages quotidiennes. Alors à bientôt, pour la 100e chronique!

29 janvier 2017

1984, de George Orwell, et la novlangue politique

Le célèbre roman de George Orwell, «1984», une dystopie publiée en 1949, est en tête des ventes aux États-Unis depuis quelques jours, et c'est rassurant.

C'est rassurant, car cela démontre le besoin de nombreuses personnes de résister à la novlangue (Newspeak) et à la double-pensée (Doublethink) de Donald Trump et aux «faits alternatifs» défendus par son équipe présidentielle.

Comme beaucoup, depuis une semaine, je me pince en lisant les propos de Trump! Alors j'essaie de comprendre ce phénomène politique en lisant des articles de fond dans les médias sérieux, c'est-à-dire écrits par des personnes menant une réflexion rigoureuse basée sur des faits.

Ces médias doivent être soutenus, car ils représentent un contre-pouvoir essentiel pour la démocratie. Nous avons l'habitude d'avoir beaucoup d'informations gratuites sur Internet, mais soutenir les grands médias crédibles en s'abonnant me semble une manière de s'assurer que Twitter ne devienne pas notre seule source d'information. En 140 caractères, il y a peu de place pour le développement de la réflexion.

Je vous suggère la lecture de trois articles intéressants comparant «1984» avec ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis:

Sur le site de France Culture, on peut lire: «Dans "1984", la "novlangue" a pour but ultime l'appauvrissement de la langue: ce procédé a pour ambition d'empêcher tout un chacun de critiquer le système totalitaire d'Océania (le "pays" où se déroule l'intrigue), selon l'idée qu'il est difficile de concevoir quelque chose si on ne peut l'exprimer.»

«Of course we have to keep our heads (especially we have to keep our heads). The lies about the crowd size at Donald Trump's inauguration (...) were not earth-shattering. But any lie from this podium is deeply unsettling», écrit Jean Seaton dans un article paru dans The Guardian.

«D’une manière générale, souligne Violaine Morin dans Le Monde, les périodes de crise ou de désarroi collectif se traduisent souvent dans les ventes de livres, objets perçus comme une «valeur refuge.» 

21 janvier 2017

Un été à Provincetown, par Caroline Vu

J'ai lu «Un été à Provincetown» (Pleine Lune), écrit par Caroline Vu, une écrivaine montréalaise née au Vietnam. Elle était en séance de signature en même temps que moi, sur un stand voisin, au Salon du livre de Montréal en novembre dernier. Son roman raconte l’histoire «d'une famille nord-vietnamienne ballottée par les caprices de l'histoire».


Mes envies de lecture suivent le style de mes expériences et s'adaptent à l'air que je respire. L'an dernier, mon voyage au Vietnam m'a amenée à lire sur ce pays. Tout d'abord, des guides touristiques, car j'avoue que mes connaissances géographiques étaient superficielles et n'allaient pas beaucoup plus loin que quelques repères comme Hanoï, Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville), le delta du Mekong et la Rivière des parfums. J'avais surtout dans mon esprit les images d'une guerre horrible, provenant des actualités dans les années 70 et de films comme Apocalypse Now et Voyage au bout de l'enfer. Mes vacances au Vietnam furent une excellente occasion de mettre à jour mes informations sur ce pays en fort développement économique et de découvrir sa culture moderne, tout en comprenant mieux son histoire.

Un été à Provincetown
Caroline Vu a écrit ce livre pour raconter l'histoire de sa famille à ses filles. Voici ce qu'elle dit dans les dernières pages:
«Elles [les identités] se trouvent dans les mots transmis d'une génération à une autre. Les récits familiaux, tout à la fois dérangeants et fascinants, hurlent pour se faire entendre... Cette histoire d'un pays dont tout le monde parlait naguère, mais qu'on oublie aujourd'hui, mérite d'être racontée.» (p.178)

J'ai aimé ce récit tragique (l'écrivaine parle de la malchance de la famille) raconté avec sincérité. Caroline Vu brosse un portrait sans fioritures de sa grand-mère, de ses parents, ainsi que des Vietnamiens et des Français. J'ai apprécié entendre le point de vue d'une auteure vietnamienne sur la colonisation française en Indochine et sur la guerre entre le Nord et le Sud du Vietnam.

«Un été à Provincetown est une excellente occasion de réviser l'épisode de la guerre au Vietnam, d'une façon qui n'est pas filtrée par le pouvoir occidental. C'est aussi une occasion de comprendre le déchirement intergénérationnel qui se transmet de parent à enfant, quand la guerre a fait des ravages dans le passé et que l'exil est obligatoire», écrit Roxane Nadeau dans l'article L'ineffaçable exil, paru le 15 janvier dans le webzine La Recrue du mois.

1 janvier 2017

La La Land (Pour l'amour d'Hollywood)

Bien commencer l'année 2017
Il y a trois jours, la revue les Libraires publiait sur sa page Facebook le message suivant (en précisant qu'il fallait bien s'amuser un peu...):

«Ouvrez votre livre à la page 50.
La première page que vous y lirez résumera votre année 2017!»

Bon, si vous avez lu ma chronique d'hier («La Trilogie du siècle», par Ken Follett), vous savez qu'en ce moment je lis «La chute des géants», un roman se déroulant pendant la Première Guerre mondiale (c'est pas bien gai, il faut le reconnaître) et j'ai hésité à regarder quelle serait cette première phrase de la page 50. J'aime bien les jeux littéraires et j'étais curieuse (et non superstitieuse). Un peu comme lorsqu'on découvre les maximes écrites sur les petits papiers au milieu des biscuits chinois (fortune cookies)!

Voici donc la fameuse première phrase de la page 50 de «La chute des géants» en livre de poche:
«Mais la fortune familiale avait été dilapidée par le père de Bea, un ivrogne, et par son frère, Andreï, un homme mou qui vendait le bois sans jamais replanter les forêts
Je me suis gratté la tête, et puis j'ai pensé que si je devais interpréter cette phrase dans le contexte de l'année 2017, je pourrais comprendre qu'il ne faut compter que sur soi-même et qu'il faut militer contre la déforestation (peut-être devrais-je  m'impliquer dans une association comme Green Peace?).

Pour mieux cerner ce que me réserve l'année 2017, j'ai regardé dans un autre livre en cours. J'ai donc ouvert à la page 50 le roman «Un été à Provincetown», de Caroline Vu. C'est la dernière page d'un chapitre et elle est blanche. J'ai décidé que c'était assurément le signe positif que tout est possible pour moi en 2017! ;-)

Trêve de plaisanterie, pour bien commencer l'année, aujourd'hui, je suis allée voir le film «La La Land» (j'adore les comédies musicales). C'est léger, gai, sympathique, beau, bien joué et truffé de références cinématographiques, comme le souligne Le Devoir. Cela m'a changé un peu de la lecture de «La trilogie du siècle», dont le climat est plutôt lourd.

La La Land (Pour l'amour d'Hollywood)
«La La Land» est un film musical réalisé par Damien Chazelle. C'est son second film après l'excellent «Whiplash» (2014), que j'ai beaucoup aimé et dont le sujet touche également la musique (l'entraînement intensif d'un jeune batteur de jazz).


Je vous le confirme, «La La Land» est une comédie romantique très agréable pour commencer l'année. Cependant, les critiques étant dithyrambiques («Un triomphe absolu» peut-on lire dans un article de Première, ou encore «de la magie à l'état pur», dans un article de La Presse), je craignais d'être déçue en ayant des attentes trop élevées. Et c'est un peu ce qui m'est arrivé.

C'est l'histoire de deux artistes débutants (une actrice, jouée par Emma Stone et un pianiste de jazz, joué par Ryan Gosling) qui se rencontrent à l'aube de leur carrière artistique. La scène d'ouverture sous le soleil de la Californie est très entraînante et tonique. La bonne musique de jazz  du pianiste, les costumes très colorés, les décors de carton-pâte (à l'occasion) et certaines scènes oniriques donnent une ambiance très «comédie musicale» à un film qui, finalement, ne force pas la note sur le nombre de scènes chantées et dansées.

Je suis sortie du cinéma le sourire aux lèvres (comme après certains films de Woody Allen) et je ne regrette pas d'avoir vu «La La Land». Mais je crois que je n'en garderai pas un souvenir impérissable, à la différence du souvenir très fort que j'ai de «Whiplash». J'attends avec intérêt le prochain film de Damien Chazelle.

31 décembre 2016

La trilogie du siècle, par Ken Follett

Le père Noël m'a apporté le coffret «La trilogie du siècle», une saga historique se déroulant au 20e siècle, par le prolifique auteur britannique Ken Follett.

J'étais un peu passée à côté de ces livres parus entre 2010 et 2014. Pourtant, Ken Follett était invité d'honneur au Salon du livre de Montréal en 2014 lors de la sortie du 3e tome («Aux portes de l'éternité») et mon chéri avait lu les deux premiers tomes («La chute des géants» et «L'hiver du monde»). Ce n'est donc pas faute d'avoir été informée, mais apparemment, à cette époque, lire des romans historiques ne me tentait pas...

J'ai beaucoup lu de romans de Ken Follett dans les années 90, dont «L'arme à l’œil», «Le code Rebecca», «Le troisième jumeau», «La marque de Windfield», «Le pays de la liberté», et l'excellent «Les piliers de la terre». Recevoir en cadeau «La trilogie du siècle» au début de mes vacances de Noël est l'occasion idéale pour me plonger dans la lecture de cette brique de 3000 pages.

J'en suis à la moitié du 1er tome, «La chute des géants», qui commence en 1911 et se termine en 1924, la majorité du livre se déroulant pendant la Première Guerre mondiale. Ken Follett décrit avec habileté les grands moments historiques à travers les points de vue de ses personnages. Ainsi, Billy et Ethel, fils et fille d'un mineur gallois, qui vont certainement s'affranchir de leur destin d'ouvrier et de domestique, Maud et Walter, dont la guerre contrarie les plans de mariage, puisqu'elle est Britannique et qu'il est Allemand, ou encore les frères Pechkov, jeunes ouvriers russes dont les chemins se séparent juste avant l'entrée en guerre de la Russie.

Les best-sellers de Ken Follett
Ken Follett est assurément une machine à produire des best-sellers, ses livres se vendent par millions partout dans le monde. «Je n'écris que pour le lecteur en pensant à ce qui lui fera tourner la page», a-t-il dit à Nathalie Crom, lors d'une entrevue au journal culturel français Télérama, en 2015.

Ken Follett a étudié en philosophie et a exercé le métier de journaliste avant d'écrire à temps plein. Cela permet de comprendre la qualité de ses romans (intrigue, exactitude historique et narration). Des études en philosophie, en effet, me semblent offrir une excellente formation intellectuelle, à la fois au niveau de la culture générale et de la capacité à organiser ses idées. Une expérience en journalisme développe certainement une efficacité d'écriture. Et, sans doute, beaucoup de rigueur et de travail sont nécessaires pour arriver à un tel résultat.

Le style d'écriture de Ken Follett est plutôt neutre, en tout cas pour la traduction française, mais il est bien adapté à des romans dans lesquels l'intrigue, le suspens ou les événements sont les points forts. Les personnages de «La chute des géants» sont intéressants, très typés, mais non stéréotypés. Je les trouve plus convaincants dans leurs réactions face aux événements sociaux-historiques que dans les scènes romantiques.

Dans différentes entrevues et sur son site Web, Ken Follett explique qu'il lit beaucoup pour se documenter et fait relire ses livres par des spécialistes. Et ce qui captive le lecteur de cette trilogie, à mon avis, c'est l’interaction entre les personnages et l'Histoire, ainsi que la description minutieuse d'une époque.

Sur ce, je vous souhaite une Bonne année 2017, riche de plaisirs de lecture!

*****
Suite de la chronique, 2017-01-08:
J'ai terminé «La chute des géants». Je commence par ce qui m'a moins plu: Ken Follett abuse des coïncidences pour faire se rencontrer les personnages, cela devient moins crédible au bout d'un moment. Et comme je l'avais souligné, les scènes romantiques sont vraiment peu convaincantes, sans émotion.
Par contre, j'ai beaucoup apprécié l'habileté de l'auteur pour nous présenter les faits et enjeux historiques à travers le vécu, le point de vue et les réflexions des personnages (sur le droit de vote des femmes, les inégalités sociales, l'engrenage de la guerre). Et Ken Follett a terminé ce 1er tome sur le couple le plus attachant, Maud et Walter, ce qui m'a donné envie d'ouvrir immédiatement «L'hiver du monde» (quel beau titre!) pour connaître la suite.

20 novembre 2016

Mon 4e Salon du livre de Montréal

Cette année, pour la 4e fois depuis la publication de mon recueil de nouvelles «Visite la nuit» en 2012, j'étais au Salon du livre de Montréal au stand des Éditions de La Grenouillère.

J'aime toujours autant l'ambiance fébrile et les livres à profusion. Participer au Salon du livre fait partie des «tâches» que j'apprécie dans mon métier d'auteure. De nature enthousiaste, je ne suis pas près de me lasser de cette occasion de rencontrer des personnes qui partagent le même intérêt que moi!

Stand des Éditions de La Grenouillère, 20/11, SLM 2016
... surtout quand je me retrouve en si bonne compagnie à la table de signature! J'ai fait la connaissance de la poète Geneviève Morin, dont le recueil de poèmes, «Gâteaux glacés», est paru cet automne à La Grenouillère.

Avec Geneviève Morin, 19/11, SLM 2016
Merci aux personnes rencontrées et à qui j'ai dédicacé mon livre!: Marie-Josée (chercheure dans le domaine des mauvaises herbes), Serge (aux beaux bijoux en forme de scarabées de chez SCARO), Audrey (qui écrit déjà et ira étudier l'an prochain en littérature au cégep), Isabelle et Thierry (de Normandie!), la sœur d'Yvette (qui va recevoir mon recueil pour sa fête), Catherine (professeure à l'Université de Montréal, nous sommes voisines...), Catherine Redelsperger (auteure française), et Claude-Emmanuelle Yance, nouvelliste et romancière reconnue (que l'on aperçoit sur la première photo de cette chronique, Madame Yance était en séance de signature sur le stand de Lévesque Éditeur).

Merci Darnly et Nathalie d'être passées me voir :-).

Mes acquisitions au Salon du livre:
«Gâteaux glacés», poèmes, Geneviève Morin, Éditions de la Grenouillère
«Un été à Provincetown», roman, Caroline Vu, Éditions Pleine Lune
«Le livre des plages», poèmes et récits, Louis-Philippe Hébert, Éditions de la Grenouillère

Je vous parlerai de ces livres prochainement. Ce soir, je commence «Un été à Provincetown».

13 novembre 2016

Une femme à Berlin: écrire pour rester vivante

Le samedi 5 novembre, je suis allée voir la pièce «Une femme à Berlin», au théâtre Espace Go. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, n'ayant pas lu les critiques de la pièce (volontairement, car je souhaitais éviter les divulgâcheurs!). En réservant mes billets, j'avais parcouru rapidement la description de la pièce, appris que l'auteure (longtemps restée anonyme) était une journaliste allemande du nom de Marta Hillers et j'avais aperçu le livre dans une librairie. Je me doutais que le sujet serait grave.


Cependant, naïvement sans doute, j'imaginais un texte sur un ton journalistique relatant les événements historiques dont Marta Hillers avait été témoin. Je m'étais trompée. Ce journal écrit avec beaucoup de sobriété, presque sous forme de constat, nous plonge dans l'intimité d'une femme luttant pour survivre au moment de l'arrivée de l'Armée rouge à Berlin, en avril 1945.

Ce récit est absolument poignant. Pendant toute la pièce, je suis restée le souffle coupé, le cœur serré, le ventre noué. Et je n'étais pas la seule, comme en témoignait la salle concentrée et silencieuse.

Quatre femmes sur scène, toutes Marta Hillers (et en même temps toutes les Berlinoises), récitent, ou plutôt incarnent le journal. La mise en scène sobre laisse beaucoup de place à l'expression personnelle de chaque actrice et au récit au «Je».

Les dates du journal sont précisées. Cette information chronologique, factuelle et objective, nous donne l'impression que c'est la seule donnée saine et censée à laquelle se raccrocher entre les descriptions des viols répétés jour après jour par des soldats et officiers russes et de la faim qui tenaille, le seul objectif pour Marta Hillers étant de survivre.

Il y a deux jours, nous célébrions le jour du Souvenir. Aujourd'hui, la France commémore les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Les livres et les commémorations jouent un rôle similaire et nous permettent de ne pas oublier. Je vais me laisser un peu de temps avant de me replonger dans ce témoignage en lisant «Une femme à Berlin». Je le ferai, cela me semble essentiel. Toutes les Marta Hillers qui écrivent pour rester vivantes le sont encore un peu à chacune des lectures de leurs œuvres.

La femme de Berlin, Espace Go
Adaptation: Jean Marc Dalpé
Mise en scène: Brigitte Haentjens
Interprètes: Evelyne de la Chenelière, Sophie Desmarais, Louise Laprade, Évelyne Rompré, Frédéric Lavallée

22 octobre 2016

Corpuscule Danse et le projet Quadriptyque


J'ai suivi intensivement (il y a longtemps) des cours de danse contemporaine avec les professeurs Marcie Rappoport et Peter Goss, ainsi que des cours de danse classique. Je rêvais de devenir danseuse dans une compagnie comme celle de Pina Bausch, mais j'ai arrêté la danse à cause d'une sciatique récidivante. Je me suis alors tournée vers mon plan B: mes études universitaires en psychologie.

Photo de l'affiche du film «Pina», de Wim Wenders
Mon intérêt pour la danse explique pourquoi certains de mes personnages de nouvelles (Ève dans Vertiges de l'amour) et de mon roman (à nouveau Ève et Lilou) sont acrobates ou danseurs. La danse fait partie de mon univers personnel et j'aime les spectacles de danse (ou de cirque ayant des numéros chorégraphiés). De plus, je vous le dis en confidence, je danse toute seule dans mon salon en écoutant de la musique et, la nuit, je rêve parfois que je danse dans les airs!

Corpuscule Danse et la danse intégrée
J'ai découvert l'existence de la danse intégrée (réunissant des danseurs avec et sans limitations physiques) lorsque je faisais des recherches sur Internet, au début de l'année 2015, pour valider certains choix dans le roman que j'écrivais. Je connaissais les athlètes ayant des handicaps, mais je ne savais pas ce qu'il en était dans le monde des arts.

Lilou (un personnage déjà apparu dans une nouvelle de mon recueil «Visite la nuit») est amputée d'une jambe. Dans mon roman, je souhaitais au départ qu'elle devienne acrobate dans un spectacle multidisciplinaire (en fait, elle est devenue danseuse au fil de l'écriture).

Alors, pour vérifier, j'ai surfé sur la toile et trouvé le récit d'une danseuse amputée après l'attentat du marathon de Boston et qui a recommencé à danser. Ensuite, j'ai découvert avec intérêt le site de la Candoco Dance Company, à Londres. Puis je suis arrivée sur le site de la compagnie de danse montréalaise Corpuscule Danse, dirigée par France Geoffroy, une danseuse, chorégraphe et enseignante en fauteuil roulant.

J'avais donc trouvé la réponse à ma question. Lilou, mon personnage, pouvait intégrer une compagnie multidisciplinaire ou de danse. Mais je venais aussi de découvrir que France Geoffroy, la directrice de Corpuscule Danse, donnait des cours de danse intégrée dont le rythme était adapté à mes capacités. J'ai donc repris la danse en 2015, après plus de 30 ans d'interruption!

Le projet Quadriptyque
Le projet Quadriptyque est un projet de recherche de Corpuscule Danse dont le but est (en résumé):
  • de mener une réflexion approfondie sur la danse intégrée;
  • d'ouvrir un dialogue entre danseurs avec ou sans handicap, les chorégraphes et le public;
  • de développer un outil pédagogique;
  • de suivre 4 chorégraphes et 7 interprètes durant le processus de création.
On peut suivre le projet sur la plateforme web interactive. Des spectacles seront présentés en public (la première représentation a eu lieu hier soir) et diffusés en direct sur la plateforme web.

France Geoffroy a fait appel aux chorégraphes Deborah Dunn, Dave Saint-Pierre, Sarah-Ève Grant et Lucie Grégoire, ainsi qu'aux interprètes Roya Hosini, Marie-Hélène Bellavance, Thomas Casey, Maxime D-Pomerleau, Joannie Douville et Georges-Nicolas Tremblay. Vous pourrez en apprendre plus sur eux et la démarche en consultant le site web du projet et la page Facebook de Quadriptyque