26 décembre 2012

Comme les silences dans la musique (3/3)

Pour continuer ma réflexion sur la poésie, j'avais commencé à dresser une liste de chansons poétiques, mais ce n'est pas aussi simple que je le pensais! Dans ma liste, il y a plusieurs catégories qui ont émergé en plus des Chansons poétiques, telles les Chansons préférées, Chansons émouvantes ou Chansons joyeuses, etc.

J'ai alors décidé de commencer par trouver trois chansons dans une catégorie que j'appelle Chansons poétiques classiques. Elles appartiennent également à la catégorie plus large de mes Chansons préférées.

Voici des extraits de ces trois chansons, ainsi que des liens pour les écouter sur youtube:

«Il est cinq heures, Paris s'éveille»
Chanteur: Jacques Dutronc
Paroles: Jacques Lanzmann et Anne Segalen
Musique: Jacques Dutronc
Éditions musicales Alpha, 1968

Les journaux sont imprimés
Les ouvriers sont déprimés
Les gens se lèvent, ils sont brimés
C'est l'heure où je vais me coucher

Il est cinq heures
Paris se lève
Il est cinq heures
Je n'ai pas sommeil


http://www.youtube.com/watch?v=6acpmnImHdA 



«Le Sud»
Chanteur: Nino Ferrer
Paroles et musique: Nino Ferrer
Éditions Beuscher, 1975

On dirait le Sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement
Plus d'un million d'années
Et toujours en été.


http://www.youtube.com/watch?v=FgxwKEuy-pM

«What a Wonderful World»
Chanteur: Louis Armstrong
Paroles: George David Weiss
Musique: Bob Thiele
ABC-Paramount, 1967

I see trees of green, red roses too
I see them bloom for me and you
And I think to myself, what a wonderful world


http://www.youtube.com/watch?v=E2VCwBzGdPM

Dans son poème «L'art poétique», Verlaine écrivait: «De la musique avant toute chose». Ces chansons en sont une belle illustration.

J'ai bien envie de continuer ma liste de poésie en musique avec des chansons de Michel Jonasz, Enzo Enzo, Harmonium, Les Beatles, Laurent Voulzy, Beau Dommage, Jacques Brel, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe, Charles Trenet, Adèle...

22 décembre 2012

Comme les silences dans la musique (2/3)

Tout comme le personnage de ma nouvelle japonaise inédite (voir mon message «L'illumination du haïku» du 8 décembre), c'est à l'école primaire qu'a commencé ma sensibilisation à la poésie. Dans les grandes classes, nous apprenions une poésie par semaine et l'illustrions (c'était une de mes activités préférées, car nous avions carte blanche pour exprimer notre créativité). Je vais refaire le parcours de mes rencontres poétiques au fil des ans.

Des poètes connus à l'école primaire, je me rappelle surtout d'Émile Verhaeren (1855-1916). Je me souviens de certains de ses poèmes sur la nature ou les saisons. Lesquels ai-je appris, précisément? Je n'ai malheureusement plus mes cahiers de poésie pour vérifier. L'extrait suivant me semble être dans le ton de ce que j'étudiais en classe:

En hiver

Le sol trempé se gerce aux froidures premières,
La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,
Des coussinets de laine irisés de lumières.

(Émile Verhaeren)

J'ai, comme beaucoup d'écoliers, appris «La cigale et la fourmi», «Le corbeau et le renard», «Le loup et le chien», «Le renard et les raisins», «La laitière et le pot au lait» et peut-être d'autres encore... J'aimais bien réciter les «Fables» de Jean de La Fontaine (1621-1695). Elles me semblaient très sérieuses et morales, mais j'aimais (ou j'aime rétrospectivement?) la force du rythme et le charme du vocabulaire vieilli de ces histoires d'animaux qui en disent beaucoup sur les humains.

Le corbeau et le renard (extrait)

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché, 
Lui tint à peu près ce langage:
«Hé! bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli, que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.»

 (Jean de La Fontaine)

Au secondaire, le programme scolaire faisait la part belle au théâtre avec Molière (1622-1673), Pierre Corneille (1606-1684) et Jean Racine (1639-1699). J'ai l'impression de ne pas avoir étudié de poésie pendant mes quatre années de secondaire, ce qui m'étonne.

En 4e (la troisième année du secondaire, en France), notre professeure de français nous a fait jouer «Le Cid», de Corneille. Nous avions 14 ans ou 15 ans et montions sur l'estrade en déclamant: «Ô rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie!» (I, 4). J'aimais ça! Je me revois très nettement en train d'apprendre: «Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort/Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, ...» (IV, 3).

J'ai surtout mémorisé les longues tirades guerrières, mais les voix des femmes sont si belles! Par exemple, celle de l'Infante:

«Ma tristesse redouble à la tenir secrète» (I, 2) 

«Je ne viens pas ici consoler tes pleurs;/Je viens plutôt mêler mes soupirs à tes pleurs.» (IV, 2)

(Pierre Corneille)

J'ai relu «Le Cid» à l'âge adulte en saisissant beaucoup mieux les subtilités et la beauté de ce texte. Ma nouvelle «L'honneur des pères» fait référence à cette pièce, mais j'ai donné moins de fil à retordre à ma professseure de français que mes personnages!

Ensuite, au lycée, j'ai particulièrement aimé les poèmes de Paul Verlaine (1844-1896), que je relis de temps en temps. En voici quelques extraits:

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;

                               (Romance sans paroles)

Le ciel est par-dessus le toit,
    Si bleu, si calme!

                                (Sagesse)

Les sanglots longs
Des violons
  De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
  Monotone

                          (Chanson d'automne) 

Dans ma nouvelle «La rencontre de Zoé», je me rends compte, maintenant, d'où est venue mon inspiration quand j'ai écris: «le jour se languit de l'automne».

À l'université, en littérature anglaise, j'ai étudié des poèmes de l'Américaine Emily Dickinson (1830-1886). Quelle richesse, que le monde intérieur de cette poète qui a fini par vivre en recluse.


Life
: 27





I’m nobody! Who are you?
Are you nobody, too?
Then there’s a pair of us—don't tell!
They’d banish us, you know.
  
How dreary to be somebody!
How public, like a frog
To tell your name the livelong day
To an admiring bog!















(Emily Dickinson)

Mais, à la même époque, la révélation est venue de la poésie de e. e. cummings (1894-1962), Américain également, dont la forme des poèmes et l'utilisation originale de la ponctuation m'ont fait voir la poésie autrement. Tout était possible! Voici le poème 48, du recueil «73 poems»:

 t,h;r:u;s,h;e:s

are
silent
now

.in silvery

notqu
-it-
eness

dre(is)ams

a
the
o

f moon

(e. e. cummings)

Ensuite, dans les années 90, j'ai découvert les haïkus, comme je l'ai raconté dans mon message «L'illumination des haïkus»). Seconde révélation! Simplicité et profondeur vont de pair. Le non-dit est aussi important que ce qui est dit.

                Sous les pluies d'été
le sentier
               a disparu

                      (Buson 1716-1783) 

Quelques années, plus tard, en 2006, lors de la visite d'une exposition à la Grande Bibliothèque, à Montréal, j'ai pris connaissance du recueil «L'homme rapaillé» du poète québécois Gaston Miron (1928-1996). J'ai tout de suite aimé cette poésie, qui m'a d'ailleurs inspirée un des titres provisoires de mon livre, «Déplacer le silence», d'après un vers du poème «Petite suite en lest», dont voici un extrait:

il faut se pencher du haut de l'espace
appuyer sa tempe contre l'espace
et de peur que tout se brouille
déplacer du silence

(Gaston Miron)

Ai-je appris des poèmes de Jacques Prévert (1900-1977) à l'école? Je ne m'en souviens pas. Est-ce étonnant? La plupart des poèmes de Prévert me semblent très «adultes», engagés et politiques, comme «Le temps des noyaux»:

Soyez prévenus vieillards
soyez prévenus chefs de famille
le temps où vous donniez vos fils à la patrie
comme on donne du pain aux pigeons
ce temps-là ne reviendra plus

(Jacques Prévert)

En fait, pendant longtemps, c'est plus l'homme de cinéma, le scénariste et dialoguiste, que je connaissais («Drôle de drame» ou «Les visiteurs du soir», de Marcel Carné, par exemple) et j'avais peu lu de textes de Prévert jusqu'à il y a deux ou trois ans. Une de mes nouvelles, «L'insolitude», est imprégnée de la chanson «Sables mouvants» que Prévert avait écrite pour le film «Les visiteurs du soir» et qui figure dans le recueil de poésies de Prévert, «Paroles»:

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée

(Jacques Prévert)

Cette année, j'ai découvert la poésie d'Hélène Dorion (voir mon message du 10 novembre).

J'ai beaucoup aimé ses poèmes évocateurs, simples, beaux, humains.


«Mon coeur, où déposer la soif qui n'a pas de commencement»

(Hélène Dorion)

(La suite le 26 décembre...)

19 décembre 2012

Comme les silences dans la musique (1/3)

Depuis que j'ai commencé ce blogue, c'est de poésie que j'ai eu envie de parler. Pourtant, je n'en écris pas (à part les trois poèmes de ma nouvelle «La rencontre de Zoé»), mais j'ai toujours aimé en lire, qu'elle s'affiche en tant que poème ou se dissimule sous la prose. Finalement, je ne m'étais jamais vraiment posé la question de savoir ce que je pense de la poésie. Je vais tenter d'y répondre.

Le décalage de la poésie

La poésie surgit quand je perçois, vois, lis, entends quelque chose qui résonne en moi. Un nouvel état intérieur traduit cette indéfinissable poésie du moment. Je me sens légèrement décalée. Je vois les choses autrement.

La poésie suscite chez moi une émotion qui s'apparente à la joie ou à la tristesse, mais qui, en fait, n'est ni l'une ni l'autre. Il s'agit souvent d'émotions mêlées, entre deux. Peut-être la poésie me donne-t-elle accès à un état intermédiaire, que je décrirais comme à la fois conscient et inconscient.

Je pense que la poésie existe seulement dans le regard de celui qui en est l'auteur ou dans le regard de la personne qui la capte. Je veux dire par là que la poésie n'existe pas en soi, elle existe pour soi, parce qu'elle signifie quelque chose de particulier, parce qu'elle éveille quelque chose en nous, à un moment donné et reçu.

Comme les silences dans la musique

Les mots créent la poésie grâce au rythme de la phrase, aux images évoquées, contrastées ou semblables, au sens profond, à la simplicité, à ce qui est dit ou ce qui est tu, à la forme du texte ou à ses sonorités...

Mais il y a aussi la poésie du rayon de soleil qui transperce les feuillages à l'automne, les flocons de neige qui tombent mollement en silence, le livre ouvert qui attend son propriétaire sur un fauteuil vide, le promeneur endormi sur un banc dans un jardin public, les pétales de fleurs entourant le vase sur la table de la cuisine...

Pour ressentir la poésie, il faut ralentir le temps. Dans ma vie, la poésie est la respiration du temps, comme les silences dans la musique.

(Cogitations à suivre le 22 décembre...)

15 décembre 2012

Lancement de mon livre Visite la nuit


 Lancement Visite la nuit 13 décembre 2012

Merci à ma famille, à mes amis et collègues d'avoir été à mes côtés lors de cet événement. Je remercie également Sylvie Lecavalier, libraire à la Coopsco Laurentides, pour l'organisation de ce beau lancement, ainsi que le trio d'étudiants-musiciens qui ont animé la soirée. Je n'ai eu qu'à profiter pleinement du moment présent. Très agréable!

Lecture de la nouvelle «La belle inoxydable se rebelle»

8 décembre 2012

L'illumination du haïku

J'ai découvert les haïkus en 1999, alors que j'écrivais une nouvelle située au Japon (non publiée) et que je cherchais un poème à mettre en exergue. D'emblée, j'ai aimé la simplicité lumineuse des haïkus.

Qu'est-ce que le haïku? 

Le haïku est un poème japonais comportant 17 syllabes réparties en trois vers de 5/7/5 syllabes. Dans l'avant-propos de son anthologie sur les haïkus («Haïkus, Anthologie», Points, 2006), Roger Munier explique, en page 9, l'essence de ce poème:

«À l'égal des autres arts du Japon, tels que le Nô, le tir à l'arc, la calligraphie, la peinture, l'arrangement des fleurs, l'art des jardins, il est tout imprégné de bouddhisme Zen. Sa pratique, écriture et lecture, est en elle-même un exercice spirituel. Il n'est pas exagéré de dire que ce que propose un haïku achevé est une expérience qui s'identifie peu ou prou à celle du satori, de l'illumination.
Partant de là, les mots du poème ont d'abord pour mission de produire le suspens de l'esprit qui caractérise cette expérience...»

(Le haïku de mon message du 5 décembre, sur ce blogue, est une traduction de Roger Munier.)
 
Si le sujet vous intéresse, je vous suggère la lecture du site de Serge Tomé: Temps libre. Vous pourrez y lire le document «Pour débuter en haïku» (PDF), qui est une mine d'informations.

Ma nouvelle japonaise

Ce texte écrit en 1999 raconte l'éveil à la poésie d'une fillette japonaise le jour de ses dix ans, le 6 août 1945, dans les montagnes surplombant Hisroshima, juste avant le bombardement de la ville. En voici un extrait:

Si les maîtres nous enseignent la poésie, c'est bien pour qu'un jour l'un de nous se dise: «Oui, mes yeux s'ouvrent et je vois les couleurs changeantes du ciel lors du coucher de soleil, comme jamais je ne les avais vues. Mes oreilles se débouchent et j'entends le clapotis de la pluie sur le toit des maisons, comme jamais je ne l'avais entendu. Mon nez respire, et l'odeur de la terre mouillée après l'averse m'enivre.»

À l'époque, je n'avais pas trouvé de poème à mettre en exergue, mais aujourd'hui j'oserais peut-être écrire:

Dans la montagne
l'enfant ouvre grand les yeux
éclair dans le ciel
          (Caroline Legouix)

5 décembre 2012

Haïku

Photo prise à Okinawa (Japon), lors d'un voyage en 2008

Sur la mer très loin
où va-t-il
        le vent vert et brumeux?
                                                                               
                                                                   (Jôsô, 1661-1704)

1 décembre 2012

Trois événements à venir

Le début du mois de décembre sera actif:
  • Le 8 décembre, je vais participer au Salon du livre de la Fierté, à Montréal, un salon orienté vers la littérature LGBT mais ouvert également aux auteurs de toutes orientations sexuelles;
  • Le 11 décembre, mon recueil de nouvelles sera présenté lors du lancement collectif des membres de la Société littéraire de Laval, au cours de la fête de Noël;
  • Le 13 décembre, ce sera le jour très attendu (pour moi en tout cas!) du lancement de mon livre, lors d'un «5 à 7» au Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse.

Le Salon du livre de la Fierté
Ce salon du livre LGBT et hétéro-friendly est organisé par Le Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal, par La Bibliothèque à livres ouverts ainsi que par Diffusion Adage. Il se tiendra le samedi 8 décembre 2012, de 12 h à 18 h au Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal, au 2075, rue Plessis à Montréal.

Fête de Noël et lancement collectif à la Société littéraire de Laval (SLL)
La Société littéraire de Laval organise une fête de Noël le mardi 11 décembre, à 19 h 30, Place des aînés, 435 boul. Curé-Labelle, salle 101 (entrée principale, sur le côté), à Laval. Entrée gratuite pour les membres, 5 $ pour les non-membres.

Réservation et information au 450 978-7669 ou sll@breves.qc.ca.

Lancement de mon livre au Collège Lionel-Groulx

Jeudi 13 décembre, de 17 h à 19 h, à la librairie Coopsco du Collège Lionel-Groulx, 100, rue Duquet, à Sainte-Thérèse.

Merci de bien vouloir confirmer votre présence:

28 novembre 2012

Deux webzines littéraires: La Recrue du mois et Cousins de personne

Si vous cherchez «webzine littéraire» dans Google, comment faire le tri parmi les 396 000 résultats proposés pour trouver les plus intéressants? Certains webzines abordent la littérature sous des angles originaux. Je vais vous en présenter deux: «La Recrue du mois, Vitrine des premières oeuvres littéraires québécoises» et «Cousins de personne».

La Recrue du mois
«La Recrue du mois» (http://larecrue.net/) a vu le jour il y a cinq ans. D'abord un blogue, ce site est devenu par la suite un webzine mensuel. Son but est d'encourager la relève en offrant une vitrine aux premières œuvres littéraires québécoises.

Chaque mois, l'équipe choisit de façon collégiale un auteur de roman, récit ou recueil de nouvelles: c'est la recrue du mois. D'autres auteurs sont également présentés dans la catégorie «Repêchage». Ils auraient pu être qualifiés comme recrue, mais n'ont pu être retenus pour différentes raisons, notamment le fait qu'il n'y a que douze mois dans l'année. Les premières œuvres littéraires bénéficient, grâce à ce webzine, d'une vitrine qui les aide à sortir du lot. Ce qui n'est pas facile à faire, au milieu de la mêlée de la rentrée littéraire!

J'avais découvert le site «La Recrue du mois» en avril dernier, alors que Les Éditions de la Grenouillère venaient d'accepter mon livre. Une auteure de cette maison d'édition, Karine Rosso, était justement la recrue du mois avec son recueil de nouvelles «Histoires sans Dieu».

Cousins de personne
J'ai appris en lisant un article écrit par Catherine Lalonde dans Le Devoir du 21 novembre 2012, l'existence de l'association «Cousins de personne» qui vise la promotion, en France, de la littérature québécoise par le biais d'un webzine trimestriel.

Cette association et ce webzine sont nés d'une initiative de Mélikah Abdelmoumen (écrivaine) et Marie Noëlle Blais (libraire à La Librairie du Québec à Paris. Leur objectif est de faire découvrir la littérature québécoise aux Français en la débarrassant du folklore qui lui est parfois associé. Le webzine présente la littérature classique et contemporaine du Québec, son monde éditorial, l'état des recherches et est un lieu d'échange.

24 novembre 2012

SLM 3/3 : L'art du «pitch» littéraire

«Vitrifier la rentrée!»
Comment, en quelques mots, une phrase, décrire le contenu d'un livre de façon à éveiller la curiosité du lecteur? C'est l'art (difficile) du «pitch» littéraire. Raphaël Sorin, écrivain et critique français, a écrit sur le blogue du journal Libération: «Quant au pitch, il demande une certaine habileté à manier les mots comme des flèches.» («Qui va vitrifier la rentrée?»)

Quand on a fait de la broderie avec les mots pendant près de trois ans pour livrer un recueil de nouvelles, il faut carrément changer d'approche linguistique, troquer la boîte à fils contre le carquois: être rapide, vif, sans possibilité de retravailler ce que l'on vient de dire. Ouf! Une fois que c'est dit, c'est parti!

Pour être efficace, le pitch doit se préparer, mais encore faut-il réussir à le formuler correctement! Ce qui ce conçoit bien s'énonce clairement, oui, je sais... mais je suis encore en train de découvrir ce que mes textes m'apprennent sur ce que j'aime ou déteste, mes angoisses et mes espérances. Il reste des zones d'ombre (voir mon message «Plonger en soi», du 3 novembre).

«Est-ce que ce sont des histoires d'horreur?»
Quand le lecteur potentiel passait devant mon stand au SLM et prenait le temps de lire la 4e de couverture, il avait un aperçu de l'essentiel de mon livre. J'enchaînais généralement en parlant du style varié de mes textes, ou alors je demandais au visiteur s'il avait l'habitude de lire des nouvelles. Je répondais aussi aux questions, comme celle-ci: «Est-ce que ce sont des histoires d'horreur?» Non, non, je vous rassure, sur la photo de couverture, ce n'est pas Jack Nicholson qui a abîmé la porte en donnant un coup de hache, comme dans le film «Shining»!

Si les visiteurs ne lisaient pas la 4e de couverture, je me lançais et tentais de décrire de façon concise et intéressante le contenu de mon livre (c'est là que cela se corse, car dans le feu de l'action, cela peut sortir un peu croche). Je m'étais préparée, mais je n'ai jamais dit deux fois la même chose. Cela m'aurait gênée d'avoir une phrase automatique, car il n'était pas question de tomber dans le pitch de vente. Finalement, une phrase préparée mais adaptée en fonction de la personne rencontrée, c'est ce que je préfère.

«C'est l'histoire d'un mec...»
«C'est l'histoire d'un mec...» aurait pu dire Coluche (humoriste et acteur français, 1944-1986). Mais, dans mon recueil, il n'y a pas que des mecs, il y a aussi des nanas. Et des jeunes, des vieux, des familles, des voisins, des amis, des gens qui travaillent, qui vont à l'école, qui ont des loisirs, il y a des gentils ou des salauds (ou ni l'un ni l'autre); tout un monde, quoi! Le pitch qui me vient à l'esprit, aujourd'hui, serait: «C'est l'histoire de gens ordinaires, comme vous et moi, qui vivent des expériences banales ou extraordinaires, dans lesquelles le lien avec les autres devient essentiel.»

21 novembre 2012

SLM 2/3 : Le Pays des livres

Enregistrement de l'émission «Le Pays des livres» au SLM
Émission Le Pays des livres
France Boisvert, animatrice radio de l'émission «Le Pays des livres» (Radio Ville-Marie, 91,3FM Montréal), avait invité le samedi 17 novembre trois auteurs des Éditions de La Grenouillère à venir parler en direct de leur livre: Karine Rosso, pour son recueil de nouvelles «Histoires sans Dieu», Alain Brochu, pour son roman «Les insectes sont maîtres» et moi-même, pour mon recueil de nouvelles «Visite la nuit».

Expérience un peu stressante
C'était la première fois que je parlais en ondes et en direct. Heureusement, France Boisvert a un grand talent pour mettre ses invités à l'aise et pour les aider à exprimer leurs idées. Merci!

J'ai beaucoup apprécié écouter mes collègues parler de leur livre. J'ai appris que Karine Rosso s'intéresse au mouvement anarchique au Québec, elle a notamment co-réalisé avec Fernando Garcia Blanes le documentaire «AnarChroniques, Chroniques d'une mouvance libertaire».
Alain Brochu, quant à lui, nous a expliqué sa vision de l'enseignement et a partagé son enthousiasme pour Léon Bloy (1846-1917), un auteur français méconnu qui l'inspire beaucoup.

Le sens du dérapage
France Boisvert m'a fait la remarque que j'ai «le sens du dérapage» dans mes nouvelles. J'aime bien cette expression.

19 novembre 2012

SLM 1/3 : Rencontres

Le Salon du livre de Montréal est terminé! J'ai tant de choses à raconter qu'il y aura trois messages à propos de cette première expérience au SLM. Aujourd'hui, il s'agit de mes rencontres.

Rencontrer les lecteurs

Avant le Salon du livre, pour me préparer, j'ai lu ce que des auteurs disent de leur première expérience des séances de signatures. La plupart estiment que c'est une leçon d'humilité. Il est certain que les longues files d'attente pour obtenir la dédicace de Denise Bombardier, Rafaële Germain ou Dany Laferrière, par exemple, sont impressionnantes. Mais comme le stand de La Grenouillère était situé juste à côté d'une caisse, il y avait un  passage continuel des visiteurs devant ma table.

Grâce à ce positionnement stratégique, beaucoup de monde circulait devant moi et plusieurs visiteurs ont eu l’œil attiré par mon livre (la photo, le titre, les deux?). Quelques-uns m'ont dit qu'ils trouvaient la photo de couverture belle, ou intrigante; une personne l'a trouvée suggestive, et une autre, qu'elle faisait peur!

Certains visiteurs se sont arrêtés pour s'informer sur mon livre, mais également l'acheter et le faire dédicacer :-). J'ai énormément apprécié parler de mon livre ou de littérature avec André, Holly, un autre André, Denis, Elvira, Angèle, une jeune femme belge récemment immigrée au Québec, deux professeures d'université, Raphaëlle, Louis, Yannick, Jacline, Sylvie, Gilles, Corinne, Suzanne, Alicia, Véronique, Marie-Ève, Gauthier, Raphaëlle, Marion et Béatrice. Merci à vous tous!

Rencontrer les auteurs

En dehors de mes séances de signatures, j'ai eu le plaisir de discuter avec Hélène Dorion (Cœurs, comme livres d'amour, Hexagone), Véronique Papineau (Les bonnes personnes, Boréal), Judy Quinn (Hunter, Hexagone, Prix Robert-Cliche 2012), Marie Hélène Poitras (Griffintown, Alto), Jean-Marc Beausoleil (M. Électrique, Tryptique).

Hélène Dorion me dédicace son livre
Cœur comme livre d'amour (Hexagone)

Sans oublier mes collègues auteurs aux Éditions de la Grenouillère, Karine Rosso (Histoires sans Dieu) et Alain Brochu (Les insectes sont maîtres), avec qui j'ai participé à une émission radio le samedi 17 (j'en parlerai prochainement).

14 novembre 2012

Univers croisés

Le Salon du livre de Montréal a lieu du 14 au 19 novembre. Je serai en séance de dédicaces vendredi, samedi et dimanche, de 15h à 17h.

Quel contraste avec les heures solitaires dans mon bureau.

Lorsque j'écris, je raconte des histoires dont je connais forcément tous les ressorts, les faits saillants autant que les failles. J'ai visité les lieux habités par des personnages dont je connais les pensées et les motivations secrètes; nous sommes très intimes, eux et moi, voyez-vous.

Mais, soudainement, lors de la publication de mon livre, cette proximité viscérale et cette impression d'habiter un monde secret se sont évanouies. Car chaque lecteur éprouve le même degré d'intimité avec mon histoire, puisqu'il la recrée dans son imaginaire en la lisant. En tant qu'auteure, c'est le moment de lâcher prise. Partager mon univers.

J'ai eu le vertige, au-dessous de moi, le vide. Mon livre ne m'appartenait plus et je ne savais pas encore ce qu'il allait devenir, comment il allait être reçu. Puis les premiers lecteurs ont commencé à me communiquer leurs impressions, un pont se construit, mes histoires cheminent dans leur esprit, nos univers se croisent.

12 novembre 2012

Critique de Visite la nuit dans Le Mirabel


Photo par Elaine Nicol 
Nathalie Vigneault, journaliste au Journal Le Mirabel (Saint-Jérôme), a lu mon recueil de nouvelles et m'a reçue dans les bureaux du Mirabel pour une entrevue. L'article a paru dans Le Mirabel le 19 octobre.

«Avec son premier recueil de nouvelles intitulé Visite la nuit, Caroline Legouix amène le lecteur en zone d’inconfort, sans complètement le troubler, mais toujours, le toucher et le surprendre.»

«Mme Legouix manie bien le sens de l’intrigue et sait embarquer rapidement le lecteur dans ses histoires qui, de l’une à l’autre sont si variées, qu’on a hâte de lire la suivante.»

10 novembre 2012

Hélène Dorion, poète

Hier, en attendant chez un garagiste que ma voiture soit prête pour l'hiver, je feuilletais un numéro d'Elle-Québec datant du mois d'août quand je suis tombée sur la présentation du dernier recueil de poésie d'Hélène Dorion: «Cœurs, comme livres d'amour», paru en 2012 aux Éditions de l'Hexagone. Le titre magnifique, ainsi que le commentaire élogieux de Danielle Laurin, la chroniqueuse, m'ont donné envie de découvrir cette poète et de lire ce livre.



Voici un extrait de ce recueil que j'ai trouvé sur le site d'Hélène Dorion. J'aime le rythme fluide et le vocabulaire simple qui évoque des images riches.

Le fleuve qui remonte vers sa source
le jardin de nos gestes
et paroles qui ne s’achèvent

le ciel qui ne se fane, la soif qui ne s’oublie
les ombres qui ne pèsent, le temps
qui ne se ferme.

Tu m’as donné ce monde, – un monde
qui ne cesse.


3 novembre 2012

Plonger en soi

J'inaugure ce blogue avec une citation de l'écrivain, professeur de littérature et critique Michel Lord: «Mais même si on ne raconte pas sa vie, écrire c'est toujours un peu beaucoup plonger en soi, dans sa boîte à monstres et à merveilles intérieures.»*

J'écris le plus souvent mes nouvelles à partir de déclencheurs comme la lecture d'une information dans le journal, une conversation ou un thème proposé par une revue littéraire. Les idées me viennent et ensuite je les explore. Je me sers de qui je suis, de ce que j'aime ou n'aime pas, de ce que je connais (ou pas), de mes peurs et de mes joies, pour colorer, décorer, étoffer, accessoiriser et habiller mes histoires. Je suis parfois étonnée des sentiers que j'ai empruntés, et c'est ce que j'aime dans la création littéraire.




Après trois ans de travail sur mon recueil «Visite la nuit» aboutissant à sa publication aux Éditions de La Grenouillère, j'ai le sentiment de remonter à la surface et je me pose de multiples questions sur le processus d'écriture. J'aime lire ce que des auteurs disent de leur propre expérience, comme dans l'excellente collection Écrire, aux Éditions Trois-Pistoles, dans laquelle des écrivains québécois sont invités à parler de leur métier. C'est passionnant!

*Michel Lord, Entretien avec Guillaume Corbeil, Montréal, XYZ. La revue de la nouvelle, 2009, numéro 98, p.11-12.