30 mars 2013

«Ma mère était hipster» parle de mon livre

Je vous avais annoncé la semaine dernière que ma prochaine chronique parlerait du pouvoir créatif des contraintes quand on écrit, mais étant donné que le webzine Ma mère était hipster a publié une critique de mon recueil de nouvelles Visite la nuit, je modifie mon sujet!

Ma mère était hipster est un webzine culturel qui s'intéresse à toutes les formes d'art. L'été dernier, la fondatrice et rédactrice en chef Myriam Daguzan Bernier le présentait sur le site Zone d'écriture de Radio-Canada, je lui laisse la parole:

«Depuis quelques années déjà, le blogue "Ma mère était hipster" s'intéresse principalement à la culture émergente, issue de Montréal ou d'ailleurs. L'idée première de ce blogue est d'initier la discussion, le partage, de créer des rencontres entre les gens intéressés par la culture sous toutes ses formes. L'idée est aussi de parler d'œuvres et d'artistes qui passent parfois sous le radar des médias et de faire connaître les initiatives intéressantes et originales. Des collaborateurs s'y sont récemment ajoutés : Daniel Grenier, Laurence Jeudy et Mathieu Charlebois.» (Zone d'écriture).

J'ai découvert ce webzine il y a un an environ. En surfant d'un blogue littéraire à un autre, j'ai atterri par hasard sur Ma mère était hipster, dont j'ai apprécié la variété des sujets traités. J'ai un petit coup de cœur pour la place accordée à la danse contemporaine, qui a été ma passion d'adolescente et de jeune adulte.

Récemment, une personne à qui je venais de dire que j'avais caressé, dans ma jeunesse, le rêve de devenir danseuse me demanda si j'avais créé un personnage qui exerçait ce métier. En fait, oui, ou presque. Dans ma nouvelle «Vertige de l'amour», Ève est une trapéziste. Même si elle n'a pas les pieds sur terre, elle danse avec son partenaire. C'est certain qu'il y a un petit lambeau de mon rêve de danseuse, dans cette nouvelle...

Trapeze Artists in Circus, Calvert Litho. Co. 1890 (Wikimedia Commons)
En fait, quand j'étais enfant, j'ai d'abord voulu être écrivaine. Ma mère m'a raconté que je lui avais dit que lorsque j'écrirais des livres, je les illustrerais moi-même afin que cela coûte moins cher à fabriquer. Un peu plus tard, à 10 ans, j'ai commencé un roman, mais je n'ai écrit qu'un seul chapitre... À l'adolescence, c'est la danse qui m'attirait le plus, mais j'ai arrêté au début de la vingtaine à cause d'un problème de dos. J'ai alors entrepris des études en psychologie et recommencé à écrire. (Là, c'était la section «développement vocationnel» de ma chronique!)

Mais pourquoi une trapéziste plutôt qu'une danseuse, dans ma nouvelle? Sans doute parce que depuis plusieurs années, j'ai surtout vu des spectacles de compagnies de cirque comme Les 7 doigts de la main, le Cirque Éloize ou le Cirque du soleil plutôt que des spectacles de danse. Certains de leurs numéros sont très proches de la danse contemporaine, l'énergie acrobatique en plus! J'ai écrit la nouvelle «Vertige de l'amour» en pensant à un numéro de trapézistes du spectacle iD du Cirque Éloize que j'ai vu en 2010 à Montréal. C'était époustouflant!

Pour en revenir à Ma mère était hipster, comme je vous l'annonçais en introduction, vous pouvez y lire une critique de mon livre par Laetitia Le Clech. En voici quelques extraits:

«Caroline Legouix manie une plume très efficace qui nous amène dans des mondes tour à tour inquiétants, violents, sombres ou nostalgiques.»

«Certaines, terribles, font écho à des événements de l’actualité («Ligne de mire en direct») ou de l’Histoire («L’été des ombres»), confirmant le talent de Caroline Legouix pour le suspense, et pour le genre de la nouvelle, qui doit en quelques pages nous amener d’un point A à un point B en nous accrochant tout du long.»

«On sent que l’auteure a travaillé ses textes, les mots sont choisis avec justesse. Si cela peut donner l’impression d’un style trop appliqué parfois, il en reste qu’une telle qualité d’écriture fait toujours plaisir et que le lecteur sent qu’il a affaire à une auteure passionnée.»


Pour lire l'article dans sa totalité:  Compte rendu de Visite la nuit par Laetitia Le Clech

23 mars 2013

De la suite dans les idées

Je viens de relire des nouvelles que j'ai écrites il y a plus de 20 ans et je suis étonnée de leur ressemblance avec les textes figurant dans mon recueil «Visite la nuit», que ce soit du point de vue des thèmes abordés ou du style. Bien sûr, il y a une évolution, mais je remarque aussi de la suite dans les idées!

Deux textes en particulier, sur lesquels j'ai travaillé pendant de nombreuses années (par intermittence), sont des exemples, je pense, de la continuité de mon travail au fil des ans. Ainsi, ma nouvelle «Margaux Duval» (dont l'histoire se déroule au début du 17e siècle en France, à l'époque de la Nouvelle-France) a d'abord été un roman commencé en 1989. Comme cette période de ma vie était plutôt occupée, je n'ai écrit que quelques pages, qui ont fini rangées dans une chemise en carton. Je me suis remise au travail neuf ans plus tard, en 1998, et j'ai terminé mon roman en 2000. Puis je l'ai à nouveau travaillé en 2002, pour finir par le transformer en nouvelle en 2010, en passant de 165 pages à 40, et en passant d'une narration à la troisième personne à un récit à la première personne. Exercice très formateur!

La nouvelle «La rencontre de Zoé», elle, est née lors d'un atelier d'écriture en 1999. L'animatrice (Laurence Kouby) avait donné comme déclencheur d'écriture le début du poème «Rouge à lèvres et poudrier de Blanche-Neige» de Frédéric Clément. Les participants devaient continuer l'histoire en enchaînant avec un mot pris au hasard dans une boîte. J'avais tiré le mot «étincelle».

Il y a longtemps
au marché aux puces de Varsovie,
pour une bouchée de pain
et trois pépins de pommes,
j'ai acheté

... une étincelle (et puis j'ai écrit une histoire...)

J'ai retravaillé le texte l'année suivante. J'avais supprimé le poème et la nouvelle commençait par: Il y a longtemps de cela, mais pas tant que cela, à Varsovie ou peut-être ailleurs, je suis entrée dans le ghetto. Puis en 2002, la narration est passée à la troisième personne. La dernière version date de 2010-2011, en voici le début: Il y a longtemps de cela, mais pas si longtemps que cela, un jour où les haut-parleurs retentissaient des enregistrements des gazouillis d'oiseaux, Zoé est entrée dans le ghetto. 

Le nom de la ville de «Varsovie» a été associé dans mon esprit au mot «ghetto», et l'histoire se passe dans une société future dominée par un état totalitaire.

En fait, ces deux nouvelles sont les seules, dans mon recueil, se déroulant à une autre époque que la nôtre. Toutes les autres nouvelles sont situées dans l'époque à laquelle je les ai écrites, en 2009-2012, même s'il y a des retours en arrière pour certaines.

J'aime écrire avec des déclencheurs, comme pour «Ligne de mire en direct», rédigée en janvier-février 2012, juste avant de l'envoyer pour le 14e concours de nouvelles du Lecteur du Val, qui exigeait que le texte commence par la phrase: «Un bruit bizarre sur le plateau. Tout le monde se fige... La caméra continue de filmer...»

Je vous parlerai la semaine prochaine du pouvoir créatif de la contrainte en écriture...

16 mars 2013

«Visite la nuit» disponible en version numérique

Photo par Martouf (via Wikimedia Commons)
Mon recueil de nouvelles «Visite la nuit» est maintenant disponible en version numérique! Pour connaître la liste (régulièrement mise à jour) des librairies qui le vendent, vous pouvez visiter le site québécois de l'Entrepôt numériquehttp://vitrine.entrepotnumerique.com/publications/17188-visite-la-nuit.

Je possède une liseuse électronique, que je trouve pratique, mais je préfère encore lire des livres en papier, sans doute une question d'habitude. Est-ce que cela changera? Le livre électronique s'implante tranquillement et sûrement dans notre quotidien depuis quelques années, créant de nouveaux besoins et de nouvelles pratiques de lecture. Pourtant, je crois que je serai fidèle au papier pendant longtemps...

Mon cocon de papier
Lorsque je lis, je fais souvent des retours en arrière pour relire un passage qui m'a particulièrement plu, ou que j'ai lu trop vite et qui éclaire (je m'en rends compte après coup) ce que je suis en train de lire. Ou encore (mais plus rarement), je vais regarder quelques pages plus loin (ou carrément la fin), parce que je suis curieuse de voir où l'écrivain veut m'emmener. Je trouve que les pages physiques se manipulent plus rapidement que les pages électroniques. De plus, sur le papier, je peux souligner, écrire, surligner, non seulement dans les ouvrages techniques, mais aussi dans les livres de fiction, quand je sais que je voudrais relire le passage plus tard.

J'empile les livres sur ma table de nuit, ils traînent sur mon bureau, ils décorent mon salon. Ils forment un cocon de papier. J'aime regarder leurs couvertures, les feuilleter, les consulter, les manipuler. J'aime aussi l'odeur que dégagent certains livres neufs, généralement ceux avec des photos sur papier glacé, ou celle des vieux livres. Les livres physiques me rappellent mes plaisirs de lecture.

Le Projet Gutenberg et l'accès aux livres numériques
Par contre, quand je pars en vacances, c'est un livre numérique que j'emporte. Toute une bibliothèque, si je veux, grâce au Projet Gutenberg (lancé en 1971 par Michael Hart, à l'université de l'Illinois, aux États-Unis) qui numérise les livres qui font partie du domaine public (http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Gutenberg). C'est un avantage quand on fait ses bagages!

La question écologique
Photo par Rama, Wikimedia Commons
L'arrivée du livre électronique pose diverses questions. Par exemple, lequel, du livre en papier ou du livre électronique, est le plus écologique? Ce n'est pas évident: les livres numériques sauvent les forêts, mais un appareil électronique contient différents métaux difficilement recyclables et a besoin d'électricité pour fonctionner. Cela ne fait pas forcément pencher la balance du côté que l'on pense. En fait, cela dépend de la quantité de livres lus, comme le démontre l'article «Livres, liseuses, tablettes: quel est le plus vert?» du Journal Les Échos, paru en 2011: http://www.lesechos.fr/07/12/2011/LesEchos/21074-035-ECH_livres--liseuses--tablettes---quel-est-le-plus---vert----.htm.

La diffusion du livre numérique
Le gros avantage du livre numérique est son accessibilité, à condition que l'acheteur soit assis devant un écran d'ordinateur et ait une connexion Internet. Les stocks ne s'épuisent pas et ne prennent pas de place dans de grands entrepôts qu'il faut chauffer. On n'a pas besoin de camions pour les livraisons. Par contre, les imprimeurs et les librairies devront évoluer pour s'adapter et certaines entreprises connaîtront fatalement des difficultés liées à la baisse des achats des livres en papier.

Les droits d'auteurs
La question des droits d'auteurs est évidemment une question qui m'interpelle. Elle n'est pas spécifique aux livres numériques et se pose également pour la musique ou les films. Devant la complexité des implications juridiques et financières, des notions de droits d'auteurs, de liberté du consommateur ou d'accès à la culture, je trouve qu'il est difficile de se forger une opinion définitive. Les débats sont ouverts! 

BOOK: la prochaine révolution technologique?
Si vous voulez savoir quelle sera la technologie APRÈS les livres électroniques, voici une vidéo très convaincante (et humoristique) du BOOK sur youtube: http://www.youtube.com/watch?v=Q_uaI28LGJk.

Et vous, préférez-vous lire sur du papier ou en version numérique?

9 mars 2013

Flâner dans les librairies


J'aime flâner, cela me permet de laisser mon esprit vagabonder et de me préparer à l'écriture. Les librairies font partie de mes lieux favoris pour cette activité. Je me promène entre les tables pour découvrir les nouveautés. Je musarde pour dénicher sur les étagères les classiques que je voudrais lire. Je regarde les photos, je lis les quatrièmes de couverture, je me renseigne sur les coups de cœur des libraires. Selon les jours, je m'enthousiasme en pensant à tous les livres que je pourrais lire ou je suis triste à l'idée que je n'aurai jamais le temps de tous les lire...
  
La librairie de mon enfance
J'ai retrouvé par hasard une vieille photo de la librairie-papeterie de mon quartier d'enfance. Située sur le trajet entre le domicile familial et l'école, j'y ai acheté mes fournitures scolaires pendant des années, ainsi que de nombreux livres. Je ne manque pas d'y faire un tour quand je suis en vacances en France.

Une (autre) librairie célèbre

La librairie Marks & Co., à Londres, est devenue célèbre grâce au livre culte «84 Charing Cross Road» qui rassemble une correspondance s'échelonnant sur 20 ans, à partir de 1949, entre l'auteure new-yorkaise Helene Hanff et Franck Doel, un libraire londonien. Au fil des ans, une amitié profonde se développa entre ces deux personnes, qui, malheureusement, ne se rencontrèrent jamais.

Je n'ai pas encore lu ce livre qui connaît un très grand succès depuis sa sortie en 1970, mais j'ai vu le film réalisé en 1987 par David Hug Jones, avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins. J'avais bien aimé l'histoire de cette amitié épistolaire, qui a également fait l'objet de plusieurs adaptations au théâtre.

Si vous voulez lire une critique de ce livre, voici celle de Pascale Navarro, parue sur le site de Voir Montréal en 2001: http://voir.ca/livres/2001/03/28/84-charing-cross-road-lettres-vivantes/.

Mais l'histoire de la librairie elle-même (voir la photo sur la couverture du livre) est devenue un sujet d'intérêt indépendant de la correspondance. Vous pouvez en apprendre plus sur cette librairie mythique, qui a fermé en 1970, sur ce site (en anglais): http://www.84charingcrossroad.co.uk/.

2 mars 2013

Café littéraire avec Kim Thúy

Mardi 26 février, l'écrivaine Kim Thúy était l'invitée d'un café littéraire au Collège Montmorency, à Laval, organisé par la Société littéraire de Laval (SLL). Elle a démontré que ses talents dépassent le domaine de l'écrit, et nous avons découvert en elle une conteuse drôle et captivante. Avec son côté légèrement verbomoteur, elle pourrait presque concurrencer l'humoriste Louis-José Houde!

Son premier livre, «Ru», est un recueil de courts récits autobiographiques paru chez Libre Expression en 2009. Il a gagné en 2010 le Prix littéraire du Gouverneur général, le Prix du Grand public du Salon du livre de Montréal, et en France le Grand Prix RTL. En 2011, il a reçu Le Grand Prix littéraire Archambault. Ce livre est actuellement en lice pour le Prix Amazon. Je l'ai lu il y a trois ans et je l'avais beaucoup aimé.

Kim Thúy, née en 1968 à Saigon, raconte dans «Ru» sa fuite du Vietnam en 1978 sur un bateau de pêche, son séjour dans un camp de réfugiés en Malaisie, puis son adaptation à la vie québécoise. Ses récits procèdent par petites touches légères. L'écriture est simple, précise, poétique et très évocatrice. L'écrivaine a aussi co-écrit «À toi», avec Pascal Janovjak (Libre Expression, 2011), et son troisième livre, «mãn», va sortir en mars 2013, toujours chez le même éditeur.

Lors de la période de questions, une personne demanda à Kim Thúy si elle se considérait comme une écrivaine. Cette question m'a étonnée, car, selon moi, avec deux livres (et bientôt trois) publiés, Kim Thúy est sans conteste une écrivaine, mais sa réponse fut un «Oh! non!» que j'ai interprété comme de l'humilité par rapport à l'acte d'écrire.

Auteur(e) ou écrivain(e)?
Le mot auteur est souvent utilisé en tant que synonyme d'écrivain, mais, à mon avis, ce n'est pas assez précis puisqu'on peut être auteur d'une œuvre littéraire, musicale, visuelle, etc. L'écrivain est l'auteur d'un livre, et si on peut le dire en un mot au lieu de trois, je préfère. C'est par souci de précision, d'ailleurs, que j'ai choisi de me présenter en tant qu'écrivaine sur mon blogue. Cependant, je reconnais qu'au départ j'ai hésité à utiliser ce terme. J'avais conscience que cela pourrait sembler prétentieux aux yeux d'une partie des lecteurs. Si Kim Thúy hésite à se décrire comme une écrivaine, la barre est placée très haut!

Certains accordent une valeur particulière au mot écrivain. Ainsi, Harry Quebert (encore lui, décidément... voir ma chronique du 23 février), un des personnages de «La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert», de Joël Dicker, dit: «Personne ne sait qu'il est écrivain. Ce sont les autres qui le lui disent.» Dans le même ordre d'idées, mon édition du Petit Robert cite l'écrivain Paul Valéry: «Un auteur, même du plus grand talent, connût-il le plus grand des succès, n'est pas nécessairement un écrivain.» Tout en comprenant la nuance, je trouve qu'elle est superflue.

Pour le Multidictionnaire de la langue française, un écrivain est une «Personne qui rédige des livres». La définition du Petit Robert est légèrement différente: «Personne qui compose des ouvrages littéraires.» Le mot littéraires met l'accent sur la perspective artistique. Enfin, voici la définition de la classification nationale des professions (la CNP est la source autorisée d'information sur les professions au Canada): «Les auteurs, les rédacteurs et les écrivains rédigent des livres, des scénarios, des scénarimages, des pièces de théâtre, des essais, des discours, des manuels, des devis et autres articles non journalistiques qui seront publiés ou présentés, après avoir fait les recherches nécessaires.»

Finalement, c'est la conseillère d'orientation en moi qui répond à la question: que vous soyez un cuisinier dans un restaurant de quartier ou dans un quatre étoiles, vous faites le même métier. Si vous êtes réceptionniste, ne serait-ce qu'une journée par semaine, vous dites que vous êtes réceptionniste. Et si vous avez écrit et publié, je crois que l'on peut parler de vous comme d'un écrivain!