31 décembre 2016

La trilogie du siècle, par Ken Follett

Le père Noël m'a apporté le coffret «La trilogie du siècle», une saga historique se déroulant au 20e siècle, par le prolifique auteur britannique Ken Follett.

J'étais un peu passée à côté de ces livres parus entre 2010 et 2014. Pourtant, Ken Follett était invité d'honneur au Salon du livre de Montréal en 2014 lors de la sortie du 3e tome («Aux portes de l'éternité») et mon chéri avait lu les deux premiers tomes («La chute des géants» et «L'hiver du monde»). Ce n'est donc pas faute d'avoir été informée, mais apparemment, à cette époque, lire des romans historiques ne me tentait pas...

J'ai beaucoup lu de romans de Ken Follett dans les années 90, dont «L'arme à l’œil», «Le code Rebecca», «Le troisième jumeau», «La marque de Windfield», «Le pays de la liberté», et l'excellent «Les piliers de la terre». Recevoir en cadeau «La trilogie du siècle» au début de mes vacances de Noël est l'occasion idéale pour me plonger dans la lecture de cette brique de 3000 pages.

J'en suis à la moitié du 1er tome, «La chute des géants», qui commence en 1911 et se termine en 1924, la majorité du livre se déroulant pendant la Première Guerre mondiale. Ken Follett décrit avec habileté les grands moments historiques à travers les points de vue de ses personnages. Ainsi, Billy et Ethel, fils et fille d'un mineur gallois, qui vont certainement s'affranchir de leur destin d'ouvrier et de domestique, Maud et Walter, dont la guerre contrarie les plans de mariage, puisqu'elle est Britannique et qu'il est Allemand, ou encore les frères Pechkov, jeunes ouvriers russes dont les chemins se séparent juste avant l'entrée en guerre de la Russie.

Les best-sellers de Ken Follett
Ken Follett est assurément une machine à produire des best-sellers, ses livres se vendent par millions partout dans le monde. «Je n'écris que pour le lecteur en pensant à ce qui lui fera tourner la page», a-t-il dit à Nathalie Crom, lors d'une entrevue au journal culturel français Télérama, en 2015.

Ken Follett a étudié en philosophie et a exercé le métier de journaliste avant d'écrire à temps plein. Cela permet de comprendre la qualité de ses romans (intrigue, exactitude historique et narration). Des études en philosophie, en effet, me semblent offrir une excellente formation intellectuelle, à la fois au niveau de la culture générale et de la capacité à organiser ses idées. Une expérience en journalisme développe certainement une efficacité d'écriture. Et, sans doute, beaucoup de rigueur et de travail sont nécessaires pour arriver à un tel résultat.

Le style d'écriture de Ken Follett est plutôt neutre, en tout cas pour la traduction française, mais il est bien adapté à des romans dans lesquels l'intrigue, le suspens ou les événements sont les points forts. Les personnages de «La chute des géants» sont intéressants, très typés, mais non stéréotypés. Je les trouve plus convaincants dans leurs réactions face aux événements sociaux-historiques que dans les scènes romantiques.

Dans différentes entrevues et sur son site Web, Ken Follett explique qu'il lit beaucoup pour se documenter et fait relire ses livres par des spécialistes. Et ce qui captive le lecteur de cette trilogie, à mon avis, c'est l’interaction entre les personnages et l'Histoire, ainsi que la description minutieuse d'une époque.

Sur ce, je vous souhaite une Bonne année 2017, riche de plaisirs de lecture!

*****
Suite de la chronique, 2017-01-08:
J'ai terminé «La chute des géants». Je commence par ce qui m'a moins plu: Ken Follett abuse des coïncidences pour faire se rencontrer les personnages, cela devient moins crédible au bout d'un moment. Et comme je l'avais souligné, les scènes romantiques sont vraiment peu convaincantes, sans émotion.
Par contre, j'ai beaucoup apprécié l'habileté de l'auteur pour nous présenter les faits et enjeux historiques à travers le vécu, le point de vue et les réflexions des personnages (sur le droit de vote des femmes, les inégalités sociales, l'engrenage de la guerre). Et Ken Follett a terminé ce 1er tome sur le couple le plus attachant, Maud et Walter, ce qui m'a donné envie d'ouvrir immédiatement «L'hiver du monde» (quel beau titre!) pour connaître la suite.

20 novembre 2016

Salon du livre de Montréal 2016

Cette année, pour la 4e fois depuis la publication de mon recueil de nouvelles «Visite la nuit» en 2012, j'étais au Salon du livre de Montréal au stand des Éditions de La Grenouillère.

J'aime toujours autant l'ambiance fébrile et les livres à profusion. Participer au Salon du livre fait partie des «tâches» que j'apprécie dans mon métier d'auteure. De nature enthousiaste, je ne suis pas près de me lasser de cette occasion de rencontrer des personnes qui partagent le même intérêt que moi!

Stand des Éditions de La Grenouillère, 20/11, SLM 2016
... surtout quand je me retrouve en si bonne compagnie à la table de signature! J'ai fait la connaissance de la poète Geneviève Morin, dont le recueil de poèmes, «Gâteaux glacés», est paru cet automne à La Grenouillère.

Avec Geneviève Morin, 19/11, SLM 2016
Merci aux personnes rencontrées et à qui j'ai dédicacé mon livre!: Marie-Josée (chercheure dans le domaine des mauvaises herbes), Serge (aux beaux bijoux en forme de scarabées de chez SCARO), Audrey (qui écrit déjà et ira étudier l'an prochain en littérature au cégep), Isabelle et Thierry (de Normandie!), la sœur d'Yvette (qui va recevoir mon recueil pour sa fête), Catherine (professeure à l'Université de Montréal, nous sommes voisines...), Catherine Redelsperger (auteure française), et Claude-Emmanuelle Yance, nouvelliste et romancière reconnue (que l'on aperçoit sur la première photo de cette chronique, Madame Yance était en séance de signature sur le stand de Lévesque Éditeur).

Merci Darnly et Nathalie d'être passées me voir :-).

Mes acquisitions au Salon du livre:
«Gâteaux glacés», poèmes, Geneviève Morin, Éditions de la Grenouillère
«Un été à Provincetown», roman, Caroline Vu, Éditions Pleine Lune
«Le livre des plages», poèmes et récits, Louis-Philippe Hébert, Éditions de la Grenouillère

Je vous parlerai de ces livres prochainement. Ce soir, je commence «Un été à Provincetown».

13 novembre 2016

Une femme à Berlin: écrire pour rester vivante

Le samedi 5 novembre, je suis allée voir la pièce «Une femme à Berlin», au théâtre Espace Go. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, n'ayant pas lu les critiques de la pièce (volontairement, car je souhaitais éviter les divulgâcheurs!). En réservant mes billets, j'avais parcouru rapidement la description de la pièce, appris que l'auteure (longtemps restée anonyme) était une journaliste allemande du nom de Marta Hillers et j'avais aperçu le livre dans une librairie. Je me doutais que le sujet serait grave.


Cependant, naïvement sans doute, j'imaginais un texte sur un ton journalistique relatant les événements historiques dont Marta Hillers avait été témoin. Je m'étais trompée. Ce journal écrit avec beaucoup de sobriété, presque sous forme de constat, nous plonge dans l'intimité d'une femme luttant pour survivre au moment de l'arrivée de l'Armée rouge à Berlin, en avril 1945.

Ce récit est absolument poignant. Pendant toute la pièce, je suis restée le souffle coupé, le cœur serré, le ventre noué. Et je n'étais pas la seule, comme en témoignait la salle concentrée et silencieuse.

Quatre femmes sur scène, toutes Marta Hillers (et en même temps toutes les Berlinoises), récitent, ou plutôt incarnent le journal. La mise en scène sobre laisse beaucoup de place à l'expression personnelle de chaque actrice et au récit au «Je».

Les dates du journal sont précisées. Cette information chronologique, factuelle et objective, nous donne l'impression que c'est la seule donnée saine et censée à laquelle se raccrocher entre les descriptions des viols répétés jour après jour par des soldats et officiers russes et de la faim qui tenaille, le seul objectif pour Marta Hillers étant de survivre.

Il y a deux jours, nous célébrions le jour du Souvenir. Aujourd'hui, la France commémore les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Les livres et les commémorations jouent un rôle similaire et nous permettent de ne pas oublier. Je vais me laisser un peu de temps avant de me replonger dans ce témoignage en lisant «Une femme à Berlin». Je le ferai, cela me semble essentiel. Toutes les Marta Hillers qui écrivent pour rester vivantes le sont encore un peu à chacune des lectures de leurs œuvres.

La femme de Berlin, Espace Go
Adaptation: Jean Marc Dalpé
Mise en scène: Brigitte Haentjens
Interprètes: Evelyne de la Chenelière, Sophie Desmarais, Louise Laprade, Évelyne Rompré, Frédéric Lavallée

22 octobre 2016

Corpuscule Danse et le projet Quadriptyque


J'ai suivi intensivement (il y a longtemps) des cours de danse contemporaine avec les professeurs Marcie Rappoport et Peter Goss, ainsi que des cours de danse classique. Je rêvais de devenir danseuse dans une compagnie comme celle de Pina Bausch, mais j'ai arrêté la danse à cause d'une sciatique récidivante. Je me suis alors tournée vers mon plan B: mes études universitaires en psychologie.

Photo de l'affiche du film «Pina», de Wim Wenders
Mon intérêt pour la danse explique pourquoi certains de mes personnages de nouvelles (Ève dans Vertiges de l'amour) et de mon roman (à nouveau Ève et Lilou) sont acrobates ou danseurs. La danse fait partie de mon univers personnel et j'aime les spectacles de danse (ou de cirque ayant des numéros chorégraphiés). De plus, je vous le dis en confidence, je danse toute seule dans mon salon en écoutant de la musique et, la nuit, je rêve parfois que je danse dans les airs!

Corpuscule Danse et la danse intégrée
J'ai découvert l'existence de la danse intégrée (réunissant des danseurs avec et sans limitations physiques) lorsque je faisais des recherches sur Internet, au début de l'année 2015, pour valider certains choix dans le roman que j'écrivais. Je connaissais les athlètes ayant des handicaps, mais je ne savais pas ce qu'il en était dans le monde des arts.

Lilou (un personnage déjà apparu dans une nouvelle de mon recueil «Visite la nuit») est amputée d'une jambe. Dans mon roman, je souhaitais au départ qu'elle devienne acrobate dans un spectacle multidisciplinaire (en fait, elle est devenue danseuse au fil de l'écriture).

Alors, pour vérifier, j'ai surfé sur la toile et trouvé le récit d'une danseuse amputée après l'attentat du marathon de Boston et qui a recommencé à danser. Ensuite, j'ai découvert avec intérêt le site de la Candoco Dance Company, à Londres. Puis je suis arrivée sur le site de la compagnie de danse montréalaise Corpuscule Danse, dirigée par France Geoffroy, une danseuse, chorégraphe et enseignante en fauteuil roulant.

J'avais donc trouvé la réponse à ma question. Lilou, mon personnage, pouvait intégrer une compagnie multidisciplinaire ou de danse. Mais je venais aussi de découvrir que France Geoffroy, la directrice de Corpuscule Danse, donnait des cours de danse intégrée dont le rythme était adapté à mes capacités. J'ai donc repris la danse en 2015, après plus de 30 ans d'interruption!

Le projet Quadriptyque
Le projet Quadriptyque est un projet de recherche de Corpuscule Danse dont le but est (en résumé):
  • de mener une réflexion approfondie sur la danse intégrée;
  • d'ouvrir un dialogue entre danseurs avec ou sans handicap, les chorégraphes et le public;
  • de développer un outil pédagogique;
  • de suivre 4 chorégraphes et 7 interprètes durant le processus de création.
On peut suivre le projet sur la plateforme web interactive. Des spectacles seront présentés en public (la première représentation a eu lieu hier soir) et diffusés en direct sur la plateforme web.

France Geoffroy a fait appel aux chorégraphes Deborah Dunn, Dave Saint-Pierre, Sarah-Ève Grant et Lucie Grégoire, ainsi qu'aux interprètes Roya Hosini, Marie-Hélène Bellavance, Thomas Casey, Maxime D-Pomerleau, Joannie Douville et Georges-Nicolas Tremblay. Vous pourrez en apprendre plus sur eux et la démarche en consultant le site web du projet et la page Facebook de Quadriptyque

15 octobre 2016

Bob Dylan, prix Nobel de littérature 2016

Pour la première fois depuis la création des prix Nobel, le Nobel de littérature est attribué à un auteur-compositeur-interprète: le mythique Bob Dylan.

De Dylan, je connais plus la voix nasillarde accompagnée de la guitare et de l'harmonica que ses textes poétiques. Je le connais plus pour sa relation artistique avec Joan Baez, une auteure-compositrice-interprète que j'ai écoutée dans les années 70, notamment lors de son engagement contre la guerre du Vietnam.

Le prix Nobel de littérature qui vient de lui être attribué m'incite à le découvrir. L'article du Nouvel Observateur: «25 chansons de Bob Dylan qui méritaient bien un Nobel» me semble une bonne entrée en matière. Ensuite, le livre Bob Dylan la totale, de Philippe Margotin et Jean-Michel Guesdon, paru aux Éditions du Chêne, devrait répondre à toutes mes questions!

Ce qui m'intéresse aussi, dans ce prix Nobel, c'est la reconnaissance littéraire de la chanson. «Le Nobel remis à Dylan ravit les uns et scandalise les autres» peut-on lire dans le journal La Presse. En effet, certains ont écrit (mais je ne sais plus où je l'ai lu) que la chanson serait un art mineur (Gainsbourg lui-même l'a affirmé, mais il aimait provoquer...). C'est un vain débat! Je pense qu'il n'y a pas d'art majeur ou mineur, il y a l'art dans différents domaines, c'est tout.

J'aime les chansons. Dans ma chronique «Comme des silences dans la musique 3/3», j'en ai parlé pour illustrer mon goût pour la poésie. Et dans le livre que je viens d'écrire, des chansons font partie de l'histoire. Elles m'ont inspirée, elles accompagnent les personnages. Alors je comprends le choix du prix Nobel de littérature 2016.

8 octobre 2016

Tricoter pour se relaxer les neurones

Mon blogue est ciblé sur la littérature, alors forcément, j'ai tendance à ne parler que de ce que je lis, j'écris, etc. Lire et écrire sont des activités importantes dans ma vie, mais ce ne sont pas les seules qui me procurent du plaisir, me détendent et me ressourcent. Il y a également les loisirs créatifs (la couture, le crochet, le tricot, les perles) et les activités physiques (la randonnée à pied ou à vélo, la danse et depuis peu, le mime).

Il y a quelques mois, j'ai ressorti mes aiguilles à tricoter. Elles ont passé 16 ans dans un tiroir, celui d'une petite table ancienne que j'utilisais en France pour installer ma machine à coudre. Elles y étaient lorsqu'elles ont traversé l'Atlantique en 2000, lorsque je suis venue m'installer au Québec, et n'avaient pas été utilisées depuis. Je ne suis pas une experte au crochet ou au tricot, mais j'avais eu l'occasion de réaliser quelques projets pour les enfants et surtout leurs poupées ou peluches (si vous désirez mon modèle de sac de couchage au crochet pour poupée Barbie, n'hésitez pas à me le demander!)

Femme portant un snood et un bonnet - Photo: La Maison tricotée
Choisir la laine selon la couleur et sa texture, créer un vêtement ou un accessoire que l'on porte ensuite est un plaisir très concret. Pour l'instant, j'en suis aux écharpes, snoods, couvertures et châles, mais j'espère progresser rapidement grâce aux cours des excellentes professeures de La Maison tricotée, à Montréal.

Tricoter, c'est comme faire du yoga mental. Ça me repose. Il y a un rythme qui s'installe avec les aiguilles, je dois me concentrer suffisamment pour ne pas me tromper, mais c'est une activité qui laisse la place au vagabondage d'idées. Quand je tricote, je me pose moins de questions que lorsque j'écris, cela relaxe mes neurones.

1 octobre 2016

Des Rives d'écrivains à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson

Dans le cadres des Journées de la culture 2016, l'événement «Des rives d'écrivains» (organisé par La Farandole des arts visuels et l'Association des auteurs des Laurentides) se tient toute la fin de semaine à Sainte-Marguerite-du-Lac Masson, dans les Laurentides. Voici quelques photos prises aujourd'hui.


Photo par Roxane Turcotte
Line Legault, Roxane Turcotte et moi (photo R. Turcotte)
Artistes peintres et auteurs réunis au Parc Masson
Le groupe vocal Singin' Rendez-vous

24 septembre 2016

Réussir les photos d'écrivains: pas si facile

Photo par Anna 16 - Wikimedia Commons
J'ai été prise en photo à trois reprises par des photographes professionnels: pour la 4e de couverture de mon recueil de nouvelles (Pierre-Henry Reney), pour un article paru dans le journal Le Mirabel (Elaine Nicol), ainsi que pour un article paru dans le journal Nord-Info (Michel Chartrand). J'estime que ces photos sont réussies. J'utilise régulièrement les deux premières, dont je possède les droits de reproduction.

S'improviser photographe professionnel
Par la suite, mes tentatives de réaliser par moi-même (enfin, avec l'aide de mon mari) des portraits dignes de figurer dans divers médias m'ont démontré la complexité de la chose. Je possède quelques clichés un peu quétaines (j'en assume la responsabilité, ce n'est pas celle de la personne qui a accepté de me photographier) que je ne dévoilerai pas au public, finalement...

Petit ego ne doit pas devenir grand
Notre petit ego se tapit derrière ces questions: «Suis-je bien sur la photo? Me ressemble-t-elle? Est-ce que ce serait mieux comme ça, ou comme ci...». Je crois qu'un peu d'autodérision est utile quand on ne se trouve pas à son avantage.

Les huit astuces pour réussir une mauvaise photo d'écrivain:
Pour aider les écrivains à prendre du recul, la lecture de l'article humoristique que David Caviglioli a écrit dans Le Nouvel Observateur (24 mars 2013) est fortement recommandée. L'illustration de ses commentaires par de nombreuses photos d'écrivains rend son propos très clair.
Pour lire l'article: «Les huit astuces pour réussir une mauvaise photo d'écrivain».

Dans quelle catégorie tombera ma prochaine photo «officielle»?
En résumé, le journaliste classe les photos d'écrivains dans différentes catégories:
  1. Le regard perçant de l'écrivain 
  2. L’œil rêveur
  3. Le sourire
  4. La tête penchée
  5. L'écrivain présentoir
  6. Le plan bibliothèque
  7. Le plan arbre
  8. Le plan sofa
Puis il conclut par: Les portraits en situation: études de cas.

Je le répète, je suis entièrement satisfaite des photos prises par Pierre-Henry Reney, Elaine Nicol et Michel Chartrand! Mais chaque fois que je lis l'article de David Caviglioli, je me marre... et je ne peux m'empêcher de faire des liens.

Je pense que ma photo de 4e de couverture pourrait figurer dans la catégorie L’œil rêveur, celle que j'utilise actuellement sur ce blogue et ma page Facebook pourrait être un combiné de L'écrivain présentoir et du Plan sofa, tandis que la troisième serait dans la catégorie Sourire. (Les photos prises par mon conjoint dans notre jardin sont assurément des Plans arbres...).

Dans quelle catégorie tombera ma prochaine photo «officielle»? ;-) 

17 septembre 2016

La petite disparition

La lectrice soumise - Magritte (1928)*

J'ai trouvé en surfant sur la toile un beau texte de l'écrivaine Agnès Desarthe: Où je suis quand je lis?, paru dans l'ouvrage collectif "Lire est le propre de l'homme", qui rassemble les textes d'une cinquantaine d'auteurs de L'École des loisirs sur le thème de la lecture (École des loisirs, 2011, édition hors commerce).

En voici un extrait:

«Qu'on lise un roman classique ou un récit déstructuré, un sonnet ou une prose poétique, on procède par identification. Identification à un personnage, ou au narrateur, mais également identification à l'écrivain ou à la langue, ou encore au livre lui-même.

Il s'agit de sortir de soi, de se quitter, de présupposer une altérité séduisante, d'accepter de s'y laisser mener. "Où je suis quand je lis?", mais aussi: "Qui je suis quand je lis lis?" Je suis tour à tour le personnage, l'auteur, le mot, l'aventure. Je me dissous, et le fait que j'agrée volontiers cette petite disparition n'a rien à voir avec la haine de soi et tout à voir avec l'amour de l'autre.»
(Agnès Desarthe)

J'aime l'expression "cette petite disparition" d'Agnès Desarthe. Elle correspond bien à ce que je ressens quand je lis un livre. J'oublie le temps qui passe, où je suis, qui je suis. Je m'abstrais du monde pour en pénétrer un autre, celui de l'auteur, du narrateur, des personnages.

ll y a aussi une notion de confiance, d'abandon et de rencontre dans l'expérience de lecture. J'accepte de croire en ce monde fictif qui m'emmène ailleurs et j'en reviens plus riche. La rencontre intime avec des personnages, leurs pensées et leurs émotions, partager leurs choix et leurs actions, traverser de nouveaux lieux et paysages, tout cela élargit mon champ d'expérience.

Si j'additionnais toutes ces vies empruntées, je serai vieille de milliers d'années. Des drames et des joies, j'en ai vécus! Et les péripéties, parfois dangereuses ou mortelles, dont je sors sans une égratignure...

La nostalgie qui m'étreint en refermant un livre que j'ai aimé, en quittant les personnages auxquels je me suis identifiée, me confirme la réalité de cette expérience, puisque ce sentiment m'habite même en dehors du monde imaginaire.

Je vous propose de regarder l'excellente vidéo Lire à la folie de Solange (Solange te parle), qui illustre parfaitement le propos d'Agnès Desarthe.

*Source photo: http://www.wikiart.org/en/rene-magritte/the-submissive-reader-1928

10 septembre 2016

«L'imaginaire du 11 septembre 2001» par Bertrand Gervais et al.

L'imaginaire du 11 septembre 2001
Motifs, figures et fictions
Sous la direction de Bertrand Gervais, Alice Van Der Klei et Annie Dulong
Éditions Nota bene, 2014

Quinze ans après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, les questions «Où étiez-vous le 11 septembre 2001?», «Que faisiez-vous ce jour-là?» continuent d'être posées dans les médias ou surgissent dans nos conversations quotidiennes quand nous évoquons nos souvenirs de cette journée.

Des souvenirs restés très vifs pour la plupart des gens qui, comme moi, ont été seulement spectateurs. Pour ceux qui ont vécu les attentats ou qui ont perdu un proche, on ne peut pas parler de «souvenir vif», car l'expression est bien en dessous de la réalité. Ces personnes, ces victimes, ont vécu un traumatisme profond ayant des répercussions personnelles et dans le temps dépassant de loin la notion de simple souvenir.

Je parle aujourd'hui des attentats du 11 septembre, mais je pense aussi à d'autres tragédies. En 2015, Charlie Hebdo le 7 janvier, le Bataclan et les cafés du 11e arrondissement le 13 novembre, le 14 juillet 2016 à Nice... Je suis Charlie, je suis Paris, je suis New-York, je suis Orlando, je suis Nice, je suis Ottawa, Bruxelles aussi, et Alep, Istanbul, Maiduguri, Quetta, Sousse, Bamako, Bagdad... je voudrais nommer tous les pays, toutes les villes, tous les noms de toutes les victimes. Ne pas tomber dans l'indifférence ni la banalisation. Nommer pour réaffirmer la dignité des victimes et leur identité, pour ne pas oublier.

Mardi 11 septembre 2001, je suis à la maison, il est presque 9 heures, j'écoute C'est bien meilleur le matin à Radio-Canada. Soudain, le journaliste Marc Laurendeau communique une nouvelle incroyable: à New-York, un avion a percuté une tour du World Trade Center. J'allume la télévision et j'assiste en direct, quelques minutes plus tard, comme des millions d'autres personnes, à la collision d'un autre avion avec la tour sud.

Ground Zero 17 septembre 2001 - Wikipédia
Le reste de la journée, le suivi en direct, la radio et la télévision allumées. L'angoisse devant l'horreur, les deux tours qui s'effondrent, la détresse à la vue de ces hommes et femmes couverts de poussière grise, déambulant dans les rues d'un Manhattan apocalyptique. D'autres avions détournés, d'autres victimes.

Les enfants qui rentrent de l'école dès midi car les autobus scolaires sont requis pour chercher les voyageurs bloqués à l'aéroport de Montréal. Plus aucun avion dans le ciel au-dessus des États-Unis. On ne sait pas ce qui va se passer ensuite. Des craintes de début de troisième guerre mondiale traversent les esprits.

Le premier soir et les jours suivants, ces images passées en boucle et regardées en boucle car on n'arrivait pas y croire. Ces images qui ont colonisé notre imaginaire.

Comment cet événement a-t-il marqué l'imaginaire des créateurs, c'est le sujet du livre «L'imaginaire du 11 septembre 2001», en forme d'état des lieux. On peut lire en introduction, page 9:
«Le 11 septembre 2001 pose, comme tous les événements marquants de l’Histoire, la question des possibilités et des limites de la représentation, qu'il s'agisse de l'interprétation de ses conséquences sociohistoriques ou de la compréhension de son contexte d'apparition, ainsi que des forces qui en ont façonné le déroulement. Il interroge les arts et la littérature sur leur capacité à le raconter ou à le mettre en scène.»

Pour plus d'information, vous pouvez consulter le site du Lower Manhattan Project.





3 septembre 2016

Changer de rythme, changer d'air

Déjà septembre... Changer de rythme pendant mes vacances, changer d'air, ça m'a fait du bien après une longue période d'activité sédentaire, à travailler à mon roman. J'aime écrire, mais cela s'accompagne d'un certain isolement et abandon d'autres activités. J'ai besoin de sortir au soleil aussi, me balader, visiter des musées, aller au théâtre, voyager!

Voyage au Vietnam en mai dernier (photo prise à  Hanoï)
Vivre une nouvelle expérience. Se décentrer, perdre ses repères, cela génère de nouvelles sensations, impressions et idées, cela stimule la créativité. D'où l'utilité des voyages, des résidences d'écriture ou des chalets au fond du bois pour les écrivains.

J'ai un fantasme: passer plusieurs mois à écrire dans une maison au bord de l'océan dans le Maine. Pourquoi pas la Bretagne ou la Gaspésie? Non, ma vision est plus idyllique dans le Maine... J'ai lu un reportage (il y a plus de 15 ans, mais je m'en souviens encore), sur une auteure célèbre (était-ce Patricia Highsmith ou Mary Higgins Clark?) qui habitait une maison face à l'océan, dans le Maine. De son bureau, elle voyait la plage, l'eau et l'horizon. C'est un style de paysage que j'aime beaucoup.

Vue sur l'océan depuis l'île des Monts-Déserts - septembre 2013
Des années plus tard, je suis enfin allée dans le Maine, sur l'île des Monts-Déserts. Marguerite Yourcenar y a vécu pendant une cinquantaine d'années, à Petite-Plaisance. Sa jolie maison est devenue un musée. Je me verrais bien passer mes prochaines vacances sur l'île des Monts-Déserts (quel nom inspirant pour écrire!).

21 mai 2016

Une de mes nouvelles publiée dans un manuel scolaire

Ma nouvelle «L'entrevue d'embûche», parue dans la revue Moebius en 2014 (numéro 142, thème Ridicule), a été sélectionnée par les auteurs* du manuel de français langue seconde «À mots découverts (A-101), 2e édition, paru ce printemps aux Éditions CEC (Québec). Ce manuel publié à 7000 exemplaires est destiné aux étudiants des cégeps anglophones.


Un travail approfondi sur le texte
J'ai été emballée par l'exploitation qui pouvait être faite de ma nouvelle dans un contexte scolaire. En plus d'un travail approfondi sur l'analyse de texte, le vocabulaire et la grammaire, les auteurs font aussi réfléchir les étudiants sur le thème de la recherche d'emploi, ce qui rejoint mon domaine professionnel.

Petit bémol
Un petit bémol, cependant, par rapport à cette version de mon texte publiée chez CEC. En effet, l'éditeur a apporté des modifications dans les temps des verbes à la fin de la nouvelle, ce qui change la logique et la construction de mon récit. (Je me base sur la version disponible en ligne, soit l'extrait feuilletable du livre).

Dans mon texte d'origine (publié par Moebius), la narration au présent est utilisée au début et à la fin de la nouvelle, c'est la même scène se déroulant dans un café. Entre ces deux parties, se trouve une narration au passé, un souvenir évoqué par le personnage principal.

Dans la version de CEC, la fin a été mise au passé (ce qui a été une surprise pour moi)... Hmm, est-ce encore la même histoire? Je n'en suis pas certaine...

(*Louise Archambault, Laurent Duval, Lyane Henrichon et Maria Popica.)

14 mai 2016

Trois nouvelles publiées dans la revue Moebius

Pendant la période où je travaillais sur mon roman, j'ai écrit trois nouvelles parues dans les numéros 140, 142 et 145 de la revue littéraire Moebius, qui publie quatre fois par an des numéros thématiques. L'écriture de ces nouvelles m'a aidée à amorcer le travail sur mon roman en explorant un thème, une technique ou un personnage.

«Tous les éléments d'un double drame sont mis en place avec une remarquable économie de moyens», peut-on lire dans la revue Brèves littéraires (No 89) à propos de ma nouvelle «Point de vue», parue dans le numéro thématique Phobies. Un des personnages (Chloé) était déjà apparu dans une nouvelle de mon recueil Visite la nuit («Avenirs incertains») et apparaît à nouveau dans la nouvelle «L'entrevue d'embûche» (qui est la suite de la nouvelle «Point de vue»...), parue dans le numéro thématique Ridicule. Un peu comme si j'écrivais en feuilleton...

Ma nouvelle «L'entrevue d'embûche» est aussi publiée dans un manuel d’enseignement du français langue seconde au Québec. J'en parlerai dans ma prochaine chronique.

Ma troisième nouvelle, «L'écume des saisons» (parue dans le numéro Comme il vous plaira), a connu plusieurs versions depuis son écriture en 2011. D'abord réaliste, elle a évolué petit à petit vers un mode onirique. L'écrivaine et blogueuse littéraire Dominique Blondeau la qualifie d'«histoire lunaire» (voir plus bas l'extrait de son commentaire et le lien vers son blogue).

Nouvelle: «Point de vue»
Nouvelle: «L'entrevue d'embûche»

Nouvelle: «L'écume des saisons»
Dominique Blondeau a écrit sur son blogue Ma page littéraire un article, Le corps dans tous ses états, sur le numéro Comme il vous plaira. Voici ce qu'elle pense de ma nouvelle «L'écume des saisons»:

Le cœur vacille, la mémoire se corrompt. Cela suffit à rédiger une histoire lunaire comme celle de Caroline Legouix, L'écume des saisons. (...)
En quelques pages, l'auteure a su dénouer un début de tragédie en une rafraichissante pichenette vers la nouvelle de Natalie Jean (...).

7 mai 2016

La relecture au plumeau

J'ai terminé dimanche dernier la relecture de mon roman. Je l'avais laissé reposer depuis janvier et, fin mars, j'ai repris le collier pour une relecture approfondie avant d'envoyer le manuscrit à mon éditeur.

Ce que je ressens est un peu ambivalent: à la fois soulagement, joie et fierté d'être arrivée au bout de mon projet, mais aussi des questions comme «cela va-t-il plaire à mon éditeur?» et, enfin, un certain vide (ou nostalgie) de ne plus vivre avec mes personnages au quotidien. J'explorerai cela et vous en parlerai plus tard...

Par Mzelle Laure - Wikimedia*
Le titre de cette chronique est emprunté à Jean Guénot, auteur de «Écrire, guide pratique de l'écrivain», un livre qui m'a accompagnée lors de mes premiers pas en écriture, il y a quelques années.

Jean Guénot parle de la lecture au sabre, à la colle (le livre date d'avant l'époque des ordinateurs personnels..., mais si les outils des écrivains ont évolué, les conseils restent pertinents) et au plumeau.

J'aime bien ces images qui illustrent la nécessité de commencer par le gros œuvre dans un texte (les défauts de structure, de cohérence, etc.) et ensuite de raffiner le niveau de lecture en allant de plus en plus vers les détails (les coquilles, l'orthographe, la ponctuation, le style, etc.).

Jean Guénot explique pour la relecture au plumeau: «Ce n'est pas une relecture de création, mais une vérification minutieuse du texte, à la façon dont on époussette les objets rares.» (p. 51)

J’utilise aussi les images de tamis de plus en plus fins à travers lesquels je passe mon texte. Je relis tant que je trouve des scories dans mes tamis. Et comme il est difficile de se concentrer sur tous les aspects du texte en même temps, certaines relectures portent sur des points précis comme les dialogues, la ponctuation, les verbes, etc.

Évidemment, en cas de publication, ce travail doit être complété par une relecture par un réviseur professionnel. L'Association canadienne des réviseurs présente un document intéressant: Les principes directeurs en révision professionnelle.

*Photo du plumeau par Mzelle Laure — Travail personnel, CC BY 2.5 https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1738877

23 avril 2016

Journée mondiale du livre

Une belle journée de rencontres avec le public et de réseautage avec des auteurs des Laurentides, lors de la Journée mondiale du livre!
Un grand merci aux organisatrices de l'événement Roxane Turcotte et Ginette Levesque, de l'Association des auteurs des Laurentides, ainsi qu'à la librairie Carcajou et à Place Rosemère.

Journée mondiale du livre 2016, Place Rosemère

16 avril 2016

Activité Place Rosemère - Journée mondiale du livre (23 avril)

À l'occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, je serai présente à la Place Rosemère pour discuter avec le public, en compagnie de 17 auteurs des Basses-Laurentides.

L'événement est organisé par l'Association des auteurs des Laurentides, la librairie Carcajou et la Place Rosemère. Le journal Nord-Info présente la programmation de la journée.

CIME-FM va couvrir l'événement et des livres seront offerts en tirage (dont Visite la nuit, offert en tirage le 21 avril). Cliquez vers la section concours de CIME-FM pour plus d'information.

Au plaisir de vous rencontrer le samedi 23, de 10h à 16h, Place Rosemère!

9 avril 2016

La photographe Elena Vizerzkaya

En surfant sur Internet, j'ai redécouvert les photographies d'Elena Vizerskaya (connue aussi sous le nom de Kassandra), photographe et artiste digitale de talent, dont l'une des photos a été choisie par mon éditeur (après ma proposition) pour la couverture de mon recueil de nouvelles.

Ses photos sont originales, oniriques, féminines et sensuelles. J'ai créé un tableau sur Pinterest afin de retrouver plus facilement mes préférées, je ne me lasse pas de les regarder! Vous pouvez découvrir ses œuvres ici: la page de Kassandra sur photodom.

Photo de couverture de «Visite la nuit»,
par Elena Vizerskaya.

2 avril 2016

Des outils de révision linguistique

J'ai profité de mon long congé de Pâques pour me replonger dans mon manuscrit, que j'avais laissé de côté depuis janvier. Premier soulagement, je n'ai pas envie de modifier mon histoire. Pas de grands travaux de réécriture à l'horizon! Par contre, il reste le travail normal sur le style et les corrections des coquilles, bourdons, etc.


 Je suis donc, depuis la semaine dernière, en révision intensive avec, comme livres de chevet:
Je me sers également du site de la Banque de dépannage linguistique de l'Office québécois de la langue française.

Je vous parlerai de ma méthode de révision dans une future chronique.

19 mars 2016

Structurer un roman à l'aide de Post-it

J'ai perdu beaucoup de temps à vouloir faire un plan avant d'écrire mon roman. Je n'ai pas d'angoisse de la page blanche, par contre j'ai ressenti un net blocage dans l'élaboration d'un plan au tout début de mon projet. J'ai finalement bâti un squelette (les grandes lignes de l'histoire) parallèlement à l'écriture de mon roman. À l'aide de Post-it comme ceux-là:
Une perte de temps par souci d'efficacité
Quand j'écris des nouvelles, je pars avec une idée et je découvre où cela me mène. Ensuite, je retravaille le texte pour harmoniser, développer, réduire. Bref, pour assurer la cohérence du récit. Pour mon roman, je croyais que ce serait efficace de concevoir le plan avant de commencer à écrire. Je voulais éviter trop de réécriture si le début ne s'accordait pas avec la fin.

J'avais défini les thèmes et choisi les personnages, y'avait-pu-qu'à les mettre en situation en bâtissant un plan! J'ai pensé qu'un outil informatique pourrait m'aider. J'ai fait une tentative très courte avec yWriter, un logiciel gratuit d'aide à l'écriture qui structure les informations. Cet outil est certainement utile pour bâtir des histoires complexes, avec beaucoup de personnages, de lieux, de péripéties, mais cela ne fonctionne pas du tout pour moi. Trop de temps passé à remplir des petites cases au lieu de penser à l'histoire. Cela m'enlève tout le plaisir de la création.

Ensuite, j'ai essayé avec PowerPoint. Cela me semblait simple, visuel et pratique, je pouvais déplacer les scènes facilement. Mais le plan avait toujours du mal à germer. J'ai travaillé sur un premier chapitre, que j'ai fini par supprimer.

Un squelette bâti à l'aide de Post-it
Heureusement, je continuais de réfléchir à mes personnages et je prenais beaucoup de notes dans mes petits carnets à idées. J'avais assez de matière pour commencer à écrire, alors j'ai laissé tomber le plan. Il fallait faire confiance à mon premier jet! J'ai commencé mon premier chapitre comme si c'était une nouvelle. C'est-à-dire sans penser à la longueur totale du texte que j'écrirai...

Une fois le début du roman écrit, j'ai noté les différentes parties du récit sur des Post-it (de couleurs différentes pour distinguer les thèmes et collés sur un tableau blanc portatif). Au fur et à mesure que j'avançais dans l'histoire, je réorganisais les Post-it ou les réécrivais. Le squelette prenait forme. Manipuler les petits carrés de papier et visualiser l'enchaînement des chapitres et des scènes m'a aidée à réfléchir.

Pas question d'aller dans le détail: sur un Post-it, il y a juste la place de quelques mots, comme le nom du ou des personnages, le lieu, le temps et l'action. Cette concision a été suffisante pour m'aider à avancer. Elle était nécessaire également, car cela me laissait plus de liberté. À un moment donné, j'ai laissé les Post-it de côté, car je savais où mon récit m'emmenait.

Développer sa méthode personnelle
Ai-je vraiment «perdu du temps» à essayer de faire un plan au préalable? La réponse est non. Il fallait que j'essaie, cela aurait pu me convenir! Je considère aussi cette période comme un détour qui a permis à mes idées de mûrir.

La bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec que j'ai obtenue pour ce projet est une bourse de «recherche, création et exploration». En ce qui me concerne, la partie «recherche et exploration» a aussi porté sur les méthodes de travail. Je pense qu'il n'y a pas une façon unique de rédiger un roman. Il faut se connaître, essayer, adapter. La méthode peut changer selon le style de texte écrit. Pour moi, écrire ne peut se réduire à une technique, car écrire est l'expression de soi. C'est de la matière organique.

17 mars 2016

Mes écrivains préférés

Une fois terminée ma liste d'écrivaines préférées, mon cerveau a continué sur sa lancée à trier mes lectures et les auteur(e)s, et à les classer dans diverses listes mentales:
  • mes écrivains préférés;
  • les auteurs qui auraient presque pu figurer parmi mes favoris;
  • mes lectures anciennes ou récentes;
  • celles que j'ai oubliées et dont je me souviendrai peut-être un jour...;
  • les lectures tristes, joyeuses, intenses, décevantes, etc.;
  • les BD et les romans graphiques;
  • les auteurs dont j'ai presque tout lu, mais qui ne font pas partie de mes favoris;
  • les auteurs que je veux lire depuis longtemps;
  • les auteurs que je viens de découvrir;
  • etc., etc.
Voici la liste de mes écrivains préférés et mon livre de référence pour chacun. En gras, mon top 5 (le choix a été difficile). Les livres sont présentés grosso modo selon la chronologie de lecture (je ne mentionne pas les relectures).
  1. Guy de Maupassant, «Contes de la bécasse» (nouvelles)
  2. Ray Bradbury, «Les chroniques martiennes» (nouvelles)
  3. William Styron, «Le choix de Sophie» (roman)
  4. François Cavanna, «Les Ritals» (souvenirs d'enfance)
  5. Isaac Bashevis Singer, «La famille Moskat» (roman)
  6. John Irving, «Le monde selon Garp» (roman)
  7. David Lodge, «Un tout petit monde» (roman)
  8. André Brink, «Un instant dans le vent» (roman)
  9. Paul Auster, «Brooklyn Follies» (roman)
  10. Roger Lemelin, «Les Plouffe» (roman)
  11. Michel Folco, «Dieu et nous seuls pouvons» (roman)
  12. Georges Simenon, ses «romans durs»
  13. Les maîtres classiques du haïku japonais (Bashô, Buson, Issa, Shiki), poèmes
  14. Cormac McCarthy, «La route» (roman)
  15. Jacques Prévert, «Paroles» (poèmes)
  16. Khaled Hosseini, «Les cerfs-volants de Kaboul» (roman
  17. Haruki Muramaki, «1Q84» (roman)
  18. Yasmina Khadra, «Les hirondelles de Kaboul» (roman)
  19. Stephen King, «Histoire de Lisey» (roman)
  20. Jacques Poulin (livre à déterminer...)

8 mars 2016

Mes écrivaines préférées

Pour souligner la Journée internationale de la femme, j'ai eu envie de rédiger la liste de mes écrivaines préférées.
La poète Sappho (Pompéi)

J'aime faire des listes de livres, cela m'oblige à me creuser les méninges pour établir ma sélection, tout en m'aidant à clarifier mes idées sur mes lectures. Voir le résultat me fait prendre conscience de ce que ces livres ont éveillé chez moi et de leurs points communs (thème, style ou autre). Au passage, je retrouve des souvenirs de lectures oubliées! Certains livres, bien sûr, figurent dans plusieurs listes.

Voici donc mes écrivaines préférées, sélectionnées parmi une liste bien plus longue d'auteures dont j'ai apprécié l'écriture. J'ai indiqué un livre de référence pour chacune (mon préféré parmi plusieurs que j'ai lus ou le seul que j'ai lu). La liste suit la chronologie (grosso modo) de mes lectures. En gras, mon top 5.
  1. Colette, «La chatte» (roman)
  2. Emily Brontë, «Les Hauts de Hurlevent» (roman)
  3. Emily Dickinson, «Poèmes» (poésie)
  4. Elsa Morante «La storia» (roman)
  5. Alison Lurie, «Liaisons étrangères» (roman)
  6. P.D. James, «Les fils de l'homme» (roman)
  7. Kate Atkinson, «Dans les coulisses du musée» (roman)
  8. Joyce Carol Oates, «Nous étions les Mulvaney» (roman)
  9. Nancy Huston, «L'empreinte de l'ange» (roman)
  10. Ann-Marie McDonald, «Un parfum de cèdre» (roman)
  11. Gabrielle Roy, «Bonheur d'occasion» (roman)
  12. J.K. Rowling, «Harry Potter à l'école des sorciers» (roman)
  13. Lise Tremblay, «La héronnière» (nouvelles)
  14. Jane Austen, «Orgueil et préjugés» (roman)
  15. Lola Lafon, «La petite communiste qui ne souriait jamais» (roman)
  16. Alice Munro, «La danse des ombres heureuses» (nouvelles)
  17. Donna Tartt, «Le chardonneret» (roman)
  18. Johanne Tremblay, «Un mercredi comme les autres» (nouvelles)
  19. Chimamanda Ngozi Adichie, «Americanah» (roman) ***Ajout juillet 2016
  20.  Margaret Atwood,  «The Handmaid's Tale» (roman) ***Ajout juillet 2017

5 mars 2016

La simplicité poétique de Jacques Poulin

En quittant le travail, hier soir, j'ai eu envie de faire un crochet par la librairie, histoire de regarder les livres. J'aime flâner dans les librairies, ça me détend.

Sur une étagère, la couverture d'un livre a attiré mon attention: «Le vieux Chagrin» (Leméac), de Jacques Poulin. J'aime les chats, et c'est sans doute l'illustration qui m'a d'abord accrochée. Mais dès que j'ai lu le nom de l'écrivain, j'ai su que j'allais acheter ce roman.

Cela fait dix ans que je voulais lire cet auteur, depuis la sortie de son livre «La traduction est une histoire d'amour» (Leméac), en 2006. Le titre me plaisait et j'avais lu des critiques positives. Je voulais l'acheter, je ne l'ai pas fait tout de suite, pas noté l'idée, puis j'ai oublié.

Peu après, je crois, lors d'un séjour à Paris, je cherchais dans une librairie de quartier un livre à offrir à M., ma filleule (nous aimons toutes les deux partager nos intérêts de lecture et d'écriture). J'ai trouvé «Volkswagen Blues» (Leméac), de Jacques Poulin. Le titre et la lecture de la quatrième de couverture m'ont décidée à offrir ce roman à M., tout en me disant que je le lirai bientôt. Mais comme ce livre n'était pas le seul sur ma liste de lecture, j'ai à nouveau oublié.

Cependant, je savais que Jacques Poulin était un écrivain à découvrir. Et hier, apparemment, c'était le bon moment. Je suis sortie de la librairie «Le vieux Chagrin» entre les mains.

«Dans la longue galerie vitrée, nous buvions du vin et la femme continuait de raconter ses souvenirs. Je sentais de la nostalgie dans sa voix, mais elle avait un sens de l'humour qui neutralisait en grande partie la tristesse, et le reste était dilué dans la pluie qui tombait maintenant comme un déluge sur le fleuve.» (Le vieux Chagrin, p. 42)

«Ce qui compte, ce sont les liens d'affection qui relient les gens entre eux, formant une toile immense et invisible sans laquelle le monde s’écroulerait. Le reste, auquel on consacre la plus grande partie de son temps en prenant des airs très sérieux, n'a que peu d'importance.» (Le vieux Chagrin, p.91)

Le style de Jacques Poulin est d'une simplicité qui touche à la perfection. Chaque mot est à sa place, il n'y a rien de trop, mais tout est suffisamment dit, imagé ou suggéré pour donner de la fluidité au récit. Le choix des mots justes, le non-dit, la description des petits moments de la vie, les réflexions du narrateur, j'aime! Je retourne à la librairie cet après-midi acheter ses autres livres!

D'autres auteurs m'ont scotchée à leur texte avec ce style d'écriture. Par exemple Haruki Murakami («Après le tremblement de terre», «Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil», «Le passage de la nuit», «19Q4»), Cormak Mc Carthy (»La route») Lise Tremblay («La héronnière»), John Fante («Demande à la poussière», «Mon chien Stupide»), François Mauriac, Simenon (ses romans durs) et Colette. J'aime également lire des textes d'apparence plus riche, avec des digressions comme le fait John Irving, mais le style que je préfère, qui me touche le plus, est celui de la simplicité poétique.

27 février 2016

Six promenades dans les bois du roman avec Umberto Eco

L'annonce de la mort d'Umberto Eco, le 19 février dernier, m'a attristée parce que j'admire ce chercheur et cet écrivain. Je me suis rappelée que j'avais emprunté à la bibliothèque (il y a près de 20 ans!) «Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs», paru chez Grasset en 1996 et traduit par Myriem Bouzaher. J'avais oublié temporairement cette lecture passionnante.

Ce livre m'avait beaucoup intéressée car il explique le rapport entre le lecteur et l'histoire qu'il lit. Entre le lecteur et l'auteur. C'était en 98 ou 99, j'écrivais un roman (devenu une nouvelle en 2010) et je ne voulais pas me perdre dans les bois. Je voulais comprendre. Cette lecture a été déterminante dans mon parcours d'écriture. Merci Monsieur Eco.

Ces six promenades dans les bois du roman sont les textes de conférences (Norton Lectures) données par Umberto Eco à Harvard en 1994. Voici la présentation en anglais de «Six walks in the Fictionnal Woods», par Harvard University Press, suivie d'une traduction libre en français.

«In Six Walks in the Fictional Woods Umberto Eco shares with us his Secret Life as a reader — his love for MAD magazine, for Scarlett O’Hara, for the nineteenth-century French novelist Nerval’s Sylvie, for Little Red Riding Hood, Agatha Christie, Agent 007 and all his ladies. We see, hear, and feel Umberto Eco, the passionate reader who has gotten lost over and over again in the woods, loved it, and come back to tell the tale, The Tale of Tales. Eco tells us how fiction works, and he also tells us why we love fiction so much. This is no deconstructionist ripping the veil off the Wizard of Oz to reveal his paltry tricks, but the Wizard of Art himself inviting us to join him up at his level, the Sorcerer inviting us to become his apprentice.»

Traduction libre:
Dans «Six promenades dans les bois du roman», Umberto Eco partage avec nous sa vie secrète de lecteur — son amour pour MAD magasine, pour Scarlett O'hara, pour la Sylvie de Nerval, romancier français du 19e siècle, pour le Petit chaperon rouge, Agatha Christie, l'Agent 007 et toutes ses femmes. Nous voyons, entendons et ressentons Umberto Eco, le lecteur passionné qui s'est perdu encore et encore dans les bois, a aimé se perdre, et revient nous raconter l'histoire. Le Récit de l'Histoire. Eco nous explique comment fonctionne la fiction, et il nous explique aussi pourquoi il aime autant la fiction. Il ne se pose pas en tant que critique déconstructionniste déchirant le voile du Magicien d'Oz pour nous révéler ses tours dérisoires, au contraire,  il est lui-même le Magicien d'Oz nous conviant à le rejoindre à son niveau, c'est le sorcier lui-même qui nous invite à devenir son apprenti.

Umberto Eco a écrit d'autres essais sur l’interprétation du texte par le lecteur, notamment Lector in fabula. Le site Signo (Site internet de théories sémiotiques) est un des sites présentant sa théorie.


20 février 2016

Mes petits carnets à idées

Dans ma chronique du 6 février, je parlais du processus qui me permet de trouver des idées. La description d'un processus est forcément lisse, linéaire, pas de problèmes, tout semble aller de soi...

Mais je n'ai pas abordé le carambolage de mes idées et le tri que je dois faire une fois qu'elles sont notées. Les idées peuvent ne pas être utiles pour cette histoire, et je les conserve pour plus tard. Cette idée est-elle intéressante telle quelle, ou bien faut-il la retravailler? Me fait-elle avancer ou me jette-t-elle dans un abîme de perplexité? Parfois, les idées ne viennent pas. Peut-être ai-je des choses plus importantes à faire ou à penser, peut-être ai-je besoin de prendre du recul? Faire des pauses fait partie du processus. Et je n'ai pas raconté la désorganisation que cela entraîne parfois dans mon récit, le temps d'explorer une nouvelle voie. Par exemple, lors de l'écriture de mon roman, j'ai hésité sur le choix du personnage principal et il y a eu trois essais de démarrage d'histoire avant de trouver le bon.

Mes carnets d'écriture
Je note mes idées sur des carnets de différentes tailles. Au début, c'étaient plutôt des carnets fins qui ne prennent pas de place dans un sac ou une poche. Puis je suis passée à des petits carnets épais à spirales. Enfin, pour écrire mon roman, j'ai utilisé le format 8,5x11 (24,1 cm x 15,2 cm), tout en conservant le petit carnet sans spirales pour mon sac à main ou la poche du manteau. Le format 8,5x11 se glisse bien dans mon sac à dos et est plus confortable pour prendre des notes dans le train ou le métro. J'inscris la date de début d'utilisation du carnet à l'intérieur sur la couverture. J'ai toujours deux carnets en cours, un grand et un petit. Lors de la phase finale de rédaction de mon roman, j'ai utilisé un grand cahier à spirales, mais je ne sortais pas de la maison.

Il y a aussi toutes les notes prises sur des brouillons, comme les impressions des premières versions de mon manuscrit. Ces notes-là ne sont pas gardées, car elles sont intégrées rapidement à la rédaction sur ordinateur. Il n'y a pas de perte.

Enfin, la majorité des idées me vient en écrivant à l'ordinateur. Quand je commence une phrase, un paragraphe, une page, un chapitre, je ne sais pas comment cela va finir. Je peux avoir une idée de ce que je veux écrire, mais c'est une aide au démarrage, ensuite, au fil des mots, je fais des découvertes. C'est un des grands plaisirs de l'écriture!

13 février 2016

Le docteur Jivago: un grand roman d'amour interdit

Fait trop froid! Pas envie de sortir pour la Saint-Valentin? Pourquoi pas (re)lire Le docteur Jivago, de Boris Pasternak, ce grand livre d'amour interdit, bien au chaud sous la couette?

La neige tombée hier et le grand soleil de ce matin nous offrent une ambiance tout à fait appropriée. C'est presque aussi beau, dehors, que le magnifique décor hivernal quasi-sibérien du film «Le docteur Jivago» de David Lean. Si vous n'avez pas le temps de lire les 600 et quelques pages du roman, et n'avez pas encore vu le film, n'hésitez pas, c'est également un chef-d’œuvre!

Ce mélodrame politicohistorique mêle amours interdits et fresque épique de la Russie au début du 20e siècle. Le docteur Jivago, médecin et poète, voit sa vie bouleversée par la révolution russe et par son amour pour Lara. J'ai lu le livre après avoir vu le film. Les personnages ont toujours eu pour moi les traits d'Omar Sharif (Youri Jivago), Julie Christie (Larissa Antipova) et Geraldine Chaplin (Tonia Jivago).

L'histoire de la publication du roman de Pasternak est aussi intéressante que l'histoire du roman. Interdit en Union soviétique, le manuscrit sorti clandestinement du pays fut publié en Italie en 1957, puis en France en 1958, année où le prix Nobel de littérature fut décerné à l'auteur.

Voici ce qu'Albert Camus écrivait cette année-là dans ses carnets:
«Ai fini Jivago avec une sorte de tendresse pour l'auteur. Il est faux que ce livre reprenne la tradition artistique du XIXe siècle russe. Il est beaucoup plus maladroit et d'ailleurs moderne de facture, avec ses instantanés continuels. Mais il fait mieux: il ressuscite le cœur russe, écrasé, sous quarante années de slogans et de cruautés humanitaires. Jivago est un livre d’amour. Et d'un tel amour qu'il se répand sur tous les êtres à la fois. Le docteur aime sa femme, et Lara, et d'autres encore, et la Russie. S'il meurt, c'est d’être séparé de sa femme, de Lara, de la Russie et du reste. [...] Et le courage de Pasternak c'est d'avoir redécouvert cette source vraie de création et de s'occuper tranquillement de la faire jaillir au milieu du désert de là-bas. »
Cette fin de semaine, je pense que je vais me replonger dans cette magnifique histoire d'amour et revoir le film. Bien au chaud sous la couette, tandis qu'à l'extérieur, notre hiver, plutôt doux jusqu'à présent, connait un sursaut et que Météomédia nous annonce du froid extrême. Bonne Saint-Valentin à tous!

6 février 2016

Comment les idées me viennent ou l'art d'accommoder les touskis

On me pose souvent la question: «Comment trouves-tu tes idées pour écrire?» Ma méthode est, je crois, commune à beaucoup de créateurs, depuis l'art d'accommoder les restes en cuisine jusqu'à la création d'une œuvre artistique.

Pour avoir de l'imagination, je dois être dans un état mental propice à recevoir des idées, laisser mon cerveau s'exprimer, inventer et s'amuser. Pas besoin de consommer quoi que ce soit! Je parle du vagabondage d'idées et de jouer avec les idées. C'est ce que font les enfants: «On dirait que tu serais le martien et moi le cosmonaute.... ». Une expérience que nous avons tous eue, n'est-ce pas?

Lancer la tâche de création
Pour que le vagabondage d'idées fonctionne, je dois d'abord me donner la consigne de réfléchir à un sujet précis, comme écrire une nouvelle pour un thème imposé (par exemple, le thème «Ridicule» du numéro 142 de la revue Mœbius). Puis je vaque à mes occupations en laissant mon inconscient travailler. Cette période peut s'étendre sur des jours ou des semaines.

Le vagabondage d'idées
Je peux récupérer mes idées seulement quand je suis dans un état d'écoute flottante de mon esprit. Concrètement, cela se passe pendant les tâches qui me demandent peu de concentration: quand je marche, dans les transports en commun, pendant mes activités domestiques ou manuelles, dans le bain, etc.

Noter mes petites illuminations
Les idées viennent alors à leur rythme, comme de petites illuminations de mon univers intérieur. Je les note dans un carnet ou mon cellulaire (idée générale, début de scène, morceau de dialogue, description, structure du texte, commentaire sur ce que j'ai déjà écrit, réflexion sur la vie, etc.).

La création est dans la réorganisation
Il y a création car des liens sont faits entre toutes mes expériences, idées et connaissances. Mes idées sont un peu comme les «touskis» dans le frigo qui vont me permettre d'inventer une nouvelle recette, à partir de ce je connais déjà en matière de cuisine, les plats que j'ai déjà mangés, et les recherches que je vais faire pour dépasser ma zone de confort gustative.

Photo Jason Hutchens - Wikimedia
Des liens, donc, entre ce que j'observe, mes expériences, mes souvenirs, mes aspirations, ce qui me touche dans la vie, ce qui se passe dans le monde... ma bibliothèque est vaste. Tout cela s'organise, s’amalgame et surgit sous forme d'idées nouvelles. Il ne s'agit pas d'une simple compilation de souvenirs ou d'observations, non! Il y a transposition, adaptation, transformation, sinon j'écrirais des biographies ou des reportages et non des histoires de fiction. La création est dans la réorganisation.

Je relis régulièrement mes notes et les mets en forme: réécriture, listes, bulles avec des flèches, carte heuristique (mind-mapping), post-it sur le mur, etc. Je laisse mijoter le tout, de nouvelles idées peuvent émerger à ce moment-là. Puis je m'installe à l'ordinateur pour écrire.

Écrire produit de nouvelles idées
L'angoisse de la page blanche n'existe pas chez moi, puisque je démarre avec le matériel de mes carnets (voir ma chronique «La contrainte qui donne des ailes»). Il faut commencer, le reste suit tout seul (bon, parfois avec plus ou moins d'inspiration, mais ce n'est pas grave, l'important est d'écrire, car d'autres liens vont se faire à un moment donné, d'autres idées vont venir).

30 janvier 2016

Mission accomplie: roman terminé

Severin Keizer - Wikimedia
J'ai terminé d'écrire mon roman il y a trois semaines. Fin du marathon.

Je réfléchissais à mon histoire depuis 2013 en notant mes idées de personnages et d'intrigues dans les carnets qui ne me quittent jamais. La période d'écriture a réellement commencé en février 2015, quand j'ai pu travailler à temps partiel. J'ai terminé la rédaction avec une immersion intensive dans mon histoire pendant un mois en isolement total (à part deux petites interruptions pour Noël et le jour de l'An). J'étais en résidence d'écriture dans notre condo urbain, mon amoureux exilé au chalet (un exil proposé par lui-même et assez confortable).

J'ai envoyé mon manuscrit au Conseil des arts et des lettres du Québec le 18 janvier. Je vais le laisser reposer pendant quelques semaines, ainsi que mes neurones. Quand je relirai mon histoire, ce sera avec un œil neuf et je le réviserai une dernière fois avant d'envoyer mon manuscrit à mon éditeur (mais c'est une soumission, il n'y a pas de garantie de publication).

Hier, une collègue me demandait: «Quand sais-tu que ton roman est fini?» Bonne question!

Je sais que mon texte de fiction est terminé quand:
  • je le relis plusieurs semaines ou mois après l'avoir laissé de côté, et je le trouve encore intéressant et émouvant;
  • je n'ai (presque) plus envie de faire des corrections sur le style, c'est le moment de traquer les coquilles;
  • ET je me suis donné une date limite pour envoyer mon texte à l'éditeur, ou bien il y a une date limite imposée par une revue de nouvelles. J'ai donc une pression salutaire pour l'envoyer, sinon, je pourrais réécrire à l'infini.
La pression du temps est utile. La contrainte peut aider l'écriture, j'en ai parlé dans ma chronique «La contrainte qui donne des ailes», parue en avril 2013. La bourse de la relève du CALQ a joué ce rôle (entre autres). J'ai pu écrire un roman et j'ai aussi développé et compris mon processus d'écriture. La réalisation de ce projet a été intense (et parfois stressante), passionnante et très enrichissante. Une plongée en soi, comme je le disais après la publication de mon recueil de nouvelles, dans ma première chronique «Plonger en soi».