29 janvier 2017

1984, de George Orwell, et la novlangue politique

Le célèbre roman de George Orwell, «1984», une dystopie publiée en 1949, est en tête des ventes aux États-Unis depuis quelques jours, et c'est rassurant.

C'est rassurant, car cela démontre le besoin de nombreuses personnes de résister à la novlangue (Newspeak) et à la double-pensée (Doublethink) de Donald Trump et aux «faits alternatifs» défendus par son équipe présidentielle.

Comme beaucoup, depuis une semaine, je me pince en lisant les propos de Trump! Alors j'essaie de comprendre ce phénomène politique en lisant des articles de fond dans les médias sérieux, c'est-à-dire écrits par des personnes menant une réflexion rigoureuse basée sur des faits.

Ces médias doivent être soutenus, car ils représentent un contre-pouvoir essentiel pour la démocratie. Nous avons l'habitude d'avoir beaucoup d'informations gratuites sur Internet, mais soutenir les grands médias crédibles en s'abonnant me semble une manière de s'assurer que Twitter ne devienne pas notre seule source d'information. En 140 caractères, il y a peu de place pour le développement de la réflexion.

Je vous suggère la lecture de trois articles intéressants comparant «1984» avec ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis:

Sur le site de France Culture, on peut lire: «Dans "1984", la "novlangue" a pour but ultime l'appauvrissement de la langue: ce procédé a pour ambition d'empêcher tout un chacun de critiquer le système totalitaire d'Océania (le "pays" où se déroule l'intrigue), selon l'idée qu'il est difficile de concevoir quelque chose si on ne peut l'exprimer.»

«Of course we have to keep our heads (especially we have to keep our heads). The lies about the crowd size at Donald Trump's inauguration (...) were not earth-shattering. But any lie from this podium is deeply unsettling», écrit Jean Seaton dans un article paru dans The Guardian.

«D’une manière générale, souligne Violaine Morin dans Le Monde, les périodes de crise ou de désarroi collectif se traduisent souvent dans les ventes de livres, objets perçus comme une «valeur refuge.» 

21 janvier 2017

Un été à Provincetown, par Caroline Vu

J'ai lu «Un été à Provincetown» (Pleine Lune), écrit par Caroline Vu, une écrivaine montréalaise née au Vietnam. Elle était en séance de signature en même temps que moi, sur un stand voisin, au Salon du livre de Montréal en novembre dernier. Son roman raconte l’histoire «d'une famille nord-vietnamienne ballottée par les caprices de l'histoire».


Mes envies de lecture suivent le style de mes expériences et s'adaptent à l'air que je respire. L'an dernier, mon voyage au Vietnam m'a amenée à lire sur ce pays. Tout d'abord, des guides touristiques, car j'avoue que mes connaissances géographiques étaient superficielles et n'allaient pas beaucoup plus loin que quelques repères comme Hanoï, Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville), le delta du Mekong et la Rivière des parfums. J'avais surtout dans mon esprit les images d'une guerre horrible, provenant des actualités dans les années 70 et de films comme Apocalypse Now et Voyage au bout de l'enfer. Mes vacances au Vietnam furent une excellente occasion de mettre à jour mes informations sur ce pays en fort développement économique et de découvrir sa culture moderne, tout en comprenant mieux son histoire.

Un été à Provincetown
Caroline Vu a écrit ce livre pour raconter l'histoire de sa famille à ses filles. Voici ce qu'elle dit dans les dernières pages:
«Elles [les identités] se trouvent dans les mots transmis d'une génération à une autre. Les récits familiaux, tout à la fois dérangeants et fascinants, hurlent pour se faire entendre... Cette histoire d'un pays dont tout le monde parlait naguère, mais qu'on oublie aujourd'hui, mérite d'être racontée.» (p.178)

J'ai aimé ce récit tragique (l'écrivaine parle de la malchance de la famille) raconté avec sincérité. Caroline Vu brosse un portrait sans fioritures de sa grand-mère, de ses parents, ainsi que des Vietnamiens et des Français. J'ai apprécié entendre le point de vue d'une auteure vietnamienne sur la colonisation française en Indochine et sur la guerre entre le Nord et le Sud du Vietnam.

«Un été à Provincetown est une excellente occasion de réviser l'épisode de la guerre au Vietnam, d'une façon qui n'est pas filtrée par le pouvoir occidental. C'est aussi une occasion de comprendre le déchirement intergénérationnel qui se transmet de parent à enfant, quand la guerre a fait des ravages dans le passé et que l'exil est obligatoire», écrit Roxane Nadeau dans l'article L'ineffaçable exil, paru le 15 janvier dans le webzine La Recrue du mois.

1 janvier 2017

La La Land (Pour l'amour d'Hollywood)

Bien commencer l'année 2017
Il y a trois jours, la revue les Libraires publiait sur sa page Facebook le message suivant (en précisant qu'il fallait bien s'amuser un peu...):

«Ouvrez votre livre à la page 50.
La première page que vous y lirez résumera votre année 2017!»

Bon, si vous avez lu ma chronique d'hier («La Trilogie du siècle», par Ken Follett), vous savez qu'en ce moment je lis «La chute des géants», un roman se déroulant pendant la Première Guerre mondiale (c'est pas bien gai, il faut le reconnaître) et j'ai hésité à regarder quelle serait cette première phrase de la page 50. J'aime bien les jeux littéraires et j'étais curieuse (et non superstitieuse). Un peu comme lorsqu'on découvre les maximes écrites sur les petits papiers au milieu des biscuits chinois (fortune cookies)!

Voici donc la fameuse première phrase de la page 50 de «La chute des géants» en livre de poche:
«Mais la fortune familiale avait été dilapidée par le père de Bea, un ivrogne, et par son frère, Andreï, un homme mou qui vendait le bois sans jamais replanter les forêts
Je me suis gratté la tête, et puis j'ai pensé que si je devais interpréter cette phrase dans le contexte de l'année 2017, je pourrais comprendre qu'il ne faut compter que sur soi-même et qu'il faut militer contre la déforestation (peut-être devrais-je  m'impliquer dans une association comme Green Peace?).

Pour mieux cerner ce que me réserve l'année 2017, j'ai regardé dans un autre livre en cours. J'ai donc ouvert à la page 50 le roman «Un été à Provincetown», de Caroline Vu. C'est la dernière page d'un chapitre et elle est blanche. J'ai décidé que c'était assurément le signe positif que tout est possible pour moi en 2017! ;-)

Trêve de plaisanterie, pour bien commencer l'année, aujourd'hui, je suis allée voir le film «La La Land» (j'adore les comédies musicales). C'est léger, gai, sympathique, beau, bien joué et truffé de références cinématographiques, comme le souligne Le Devoir. Cela m'a changé un peu de la lecture de «La trilogie du siècle», dont le climat est plutôt lourd.

La La Land (Pour l'amour d'Hollywood)
«La La Land» est un film musical réalisé par Damien Chazelle. C'est son second film après l'excellent «Whiplash» (2014), que j'ai beaucoup aimé et dont le sujet touche également la musique (l'entraînement intensif d'un jeune batteur de jazz).


Je vous le confirme, «La La Land» est une comédie romantique très agréable pour commencer l'année. Cependant, les critiques étant dithyrambiques («Un triomphe absolu» peut-on lire dans un article de Première, ou encore «de la magie à l'état pur», dans un article de La Presse), je craignais d'être déçue en ayant des attentes trop élevées. Et c'est un peu ce qui m'est arrivé.

C'est l'histoire de deux artistes débutants (une actrice, jouée par Emma Stone et un pianiste de jazz, joué par Ryan Gosling) qui se rencontrent à l'aube de leur carrière artistique. La scène d'ouverture sous le soleil de la Californie est très entraînante et tonique. La bonne musique de jazz  du pianiste, les costumes très colorés, les décors de carton-pâte (à l'occasion) et certaines scènes oniriques donnent une ambiance très «comédie musicale» à un film qui, finalement, ne force pas la note sur le nombre de scènes chantées et dansées.

Je suis sortie du cinéma le sourire aux lèvres (comme après certains films de Woody Allen) et je ne regrette pas d'avoir vu «La La Land». Mais je crois que je n'en garderai pas un souvenir impérissable, à la différence du souvenir très fort que j'ai de «Whiplash». J'attends avec intérêt le prochain film de Damien Chazelle.